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vendredi, 20 décembre 2013

Noël autrefois, en Chablais

Ludovico Cigoli, nativité.jpg

Ludovico Cigoli (1559-1613), Nativité (détail)






"Les Noëls de mon enfance : quelque chose de mélodieux, de silencieux, de limpide..."

Bernard Lacroix


Au village de Novel, une bien jolie coutume voulait qu'au retour de la Messe de Minuit on conduisît les hôtes de l'étable à l'abreuvoir collectif, pour qu'ils puissent y boire l'aidye floria (1). Cela nous venait sans doute de nos lointains ancêtres celtes qui avaient le culte de l'eau. Au même moment, dans d'autres villages, on donnait aux vaches une ration de regain, au cheval ou au mulet une bonne mesure d'avoine arrosée d'un verre de vin blanc. Dans les hautes vallées, la nuit de Noël, on remettait aux bêtes les cloches de l'été bien astiquées pour la circonstance. Entre nous, elles devaient bien se demander ce qui se passait dans la tête de leur propriétaire, pour quelle mystérieuse pâture on les apprêtait ainsi?


*


Le Père Noël était aussi pauvre que ses protégés, il n'avait même pas les moyens de s'offrir un mulet. Il allait à tâtons avec un vieil âne, suivi de près par le Père Fouettard, sa hotte pleine de ouistes (2) bien flexibles pour les enfants terribles. Les cadeaux : une pomme, une orange... plutôt une utile paire de chaussettes ou de galoches, dont les clous neufs brillaient près du fourneau.


*


Les filles trouvaient le plus souvent dans leurs sabots un petit nécessaire à couture. J'en parlais à la Louise à Barraud : elle me sortit d'une petite boîte le présent de Noël de ses dix ans, un dé à coudre et deux aiguilles. Comme je m'étonnais de leur état neuf :

" Je croyais que c'était le dé à coudre de la Vierge Marie, je ne m'en suis jamais servi et depuis, chaque soir de Noël, je les sors un petit moment!"


*


On était heureux avec ça. Les pommes, c'était l'été en hiver, les oranges venaient du pays de l'Enfant Jésus, et par quel miracle? Aujourd'hui, les enfants savent que le Père Noël est une légende périmée. Pourtant, l'autre jour à Annemasse, on pouvait en rencontrer un tous les vingt mètres. Faudrait savoir!


*


Les Noëls de mon enfance : quelque chose de mélodieux, de silencieux, de limpide... La Messe de Minuit, le Minuit Chrétiens, Les Anges dans nos campagnes et, au retour, l'hiver apaisé, les petites lumières dans la montagne... qui "péclotent" à jamais dans mon cœur.


Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°10.


(1) L'eau fleurie.

(2) Baguettes. Ces verges, faites de rejets de noisetier, étaient à la fois souples et droites comme des "i". Le mot lui-même cingle comme un fouet.

 

 

jeudi, 19 décembre 2013

Pour Noël, la recette des rissoles chablaisiennes

 

rissoles.jpg





Dans mon enfance, un Noël sans rissoles eût été impensable. Ma grand-mère les faisait à la pâte feuilletée qu'elle mettait une journée à confectionner. Elle la faisait en huit tours, ou huit pliages, avec au minimum vingt minutes de repos entre chaque tour, puis la pâte achevée, l'étalait au rouleau, découpait des petits rectangles qu'elle garnissait d'une farce à base de poires d'hiver dites "poires curé". Dans la recette des Cahiers du musée, les rissoles sont faites avec de la pâte brisée, c'est plus facile! Le plus difficile est de trouver aujourd'hui ces poires d'hiver, peu juteuses et qui se conservent longtemps.


EBM

 

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Recette des rissoles à la Chablaisienne :

 

On choisira des poires restant fermes à la cuisson : "poires loup" ou "poires curé", deux vieilles variétés chablaisiennes, hélas de plus en plus rares. Les faire cuire à part.

Faire tremper des raisins secs dans de la gnole de poires. Ajouter un verre de vin rouge, de la cannelle, de la muscade, du sucre, de l'écorce d'orange confite. En faire une farce consistante puis mélanger avec les poires cuites.

On utilisera pour confectionner les chaussons de la pâte brisée et on les cuira à la poêle avec du saindoux.

 

Recette de la ValléeVerte communiquée par Madame Anne-Marie Sechaud pour Les Cahiers du musée n°6