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jeudi, 14 septembre 2017

Journées européennes du patrimoine 2017

 

 

 

 

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Exposition Découverte des collections départementales au conservatoire d'Art et d'Histoire d'Annecy

 

 

 

 

 

 

Dans le cadre des journées européennes du patrimoine, le conservatoire d'Art et d'Histoire d'Annecy exposera une sélection d'œuvres exceptionnelles issues des collections départementales d'archéologie, d'ethnologie — dont plusieurs pièces de la collection Bernard Lacroix — et de beaux-arts.

Des œuvres illustrant la jeunesse rythmeront les présentations. Un livret-jeu sera mis à la disposition du jeune public et des familles.

 

Entrée gratuite.

Samedi 16 et dimanche 17 septembre. De 10h à 18h.

 

 

lundi, 11 septembre 2017

Anne-Françoise Lacroix présidente de l'association "Les amis de Bernard Lacroix"

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Anne-Françoise Lacroix. Château de Chillon, août 2017.

(Photographie de Veronica Lacroix)

 

 

 

 

À l'issue de l'Assemblée Générale qui a eu lieu à Fessy, le 29 août 2017, Anne-Françoise Lacroix, nièce de Bernard Lacroix et sœur de Jean-Michel, a été élue à l'unanimité présidente de l'association Les amis de Bernard Lacroix.

jeudi, 03 août 2017

Assemblée Générale 2017

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Photographie de Jean-Michel Lacroix

 

 

 

 

L'Assemblée Générale de l'association Les Amis de Bernard Lacroix aura lieu le

 

Mardi 29 août 2017, à 20h30, salle de la mairie de Fessy.

 

Cette assemblée est ouverte à toutes les personnes intéressées par l'œuvre de Bernard Lacroix.

 

 

mercredi, 12 juillet 2017

Exposition au château d'Avully, juillet-août 2017

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jeudi, 29 juin 2017

Bernard Lacroix en son musée

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Reconstitution d'un chalet d'alpage, collection Bernard Lacroix, ancien musée de Fessy ( photographie de Patrick Smith)

Vaisselier en sapin, sculpté de rosaces et entaillé de chevrons. Découpes chantournées autour de l'espace pour les grands récipients. À droite, évier en bois sous un égouttoir à côté de la boîte à sel. Table à tiroir garde-manger orné d'une rosace. 

 

 

 

Remise en Une d'un article publié sur ce blog le 2 août 2012.

 

 

 

 

 

 

"Ici tout est amour, mesure, modestie".

 

Bernard Lacroix en son musée.

 

 

 

Comme nous l'apprenons sur son site, le Conseil Général de la Haute-Savoie a fait l'acquisition du musée Arts et Traditions Populaires de Fessy en 2001. Jean-Michel Lacroix rappelait récemment sur ce blog que Bernard Lacroix a fait don de sa prestigieuse collection à la condition qu'elle reste sur les lieux et ne soit jamais divisée, sauf ponctuellement, à l'occasion de prêts pour des expositions temporaires. Déplacée ou divisée, elle perdrait toute sa signification. On comprend pourquoi en lisant cette déclaration de Bernard Lacroix:

" J'ai œuvré ni en esthète, ni en philanthrope, ni en historien, ni en collectionneur, mais plutôt en artiste, et fort égoïstement je l'avoue, pour mon seul plaisir, le plaisir sécurisant de remonter à ma source, mes racines, mes origines... En 1960, dépassé par l'ampleur de ce que j'avais amassé, j'ai résolu à contrecœur d'ouvrir ma collection au public. Ma consolation est de voir défiler en ce lieu des milliers d'enfants. Puissent-ils comprendre un jour que le progrès sans discernement n'apporte rien à la richesse de l'âme, et encore moins à la qualité de la vie. Ici, tout est amour, mesure, modestie... Faute de pouvoir les acheter, le paysan fabriquait lui-même ses meubles, ses outils, ses machines, y apportant ses trouvailles personnelles : la pauvreté rend ingénieux."

Ces quelques phrases condensent l'évolution de toute une vie. L'enfant de onze ans, qui récupérait les outils abandonnés chez sa grand-mère, aurait-il eu l'intuition qu'une civilisation millénaire, née au néolithique, était en voie de disparition? Qu'il fallait en préserver les traces non seulement pour savoir d'où nous venons, mais aussi pour sauver un peu de la beauté disparue? Ce que l'adulte, aujourd'hui, considère comme "un plaisir égoïste" répond, en fait, à une vocation singulière : remonter à la source, aux racines pour ne pas les perdre tout à fait. Ainsi inaugurée, l'ensemble de l'œuvre de Bernard Lacroix s'élabore avec une parfaite cohérence : la poésie, les dessins, comme la collection, témoignent de cette quête des origines, quête de la beauté  née de "l'amour, de la mesure, de la modestie". 

Si le jeune homme de vingt-sept ans, en 1960, "dépassé par l'ampleur de ce qu'[il] avait amassé" se résout à contrecœur à livrer sa collection au public, c'est qu'il ignore encore où le conduira sa démarche dont il découvre plus tard la signification profonde : transmettre le souvenir du monde disparu aux générations futures. C'est pourquoi les enfants sont reçus au musée comme des visiteurs privilégiés.  Impardonnable Bernard Lacroix! Notre société pardonne difficilement (voire pas du tout) à celui qui ne se prosterne pas devant son Dieu, la seule transcendance reconnue: le Progrès. Bernard n'écrit pas ce mot avec une majuscule car ledit "progrès" est d'ordre purement matériel, progrès des techno-sciences dont il ne nie pas les effets positifs mais qui  " sans discernement, n'apporte rien à la richesse de l'âme et encore moins à la qualité de la vie", souligne-t-il, avec un art consommé de la litote ironique. Sans la danse des statistiques − si l'on cessait de mesurer ce "progrès" avec des chiffres −, on s'apercevrait bien vite que ce que nous avons gagné sur le plan matériel ( la sacro-sainte élévation du niveau de vie, l'augmentation de la longévité, la diminution de l'effort physique) est proportionnel à ce que nous avons perdu en qualité de vie ( le silence, l'eau et l'air purs, pour ne citer que ces exemples). Quant à la richesse de l'âme, qu'en dire à notre époque où le mot "âme" n'a plus de sens pour la majorité de nos contemporains?  

 

Silencieux et immobiles, les quelques 19000 objets du musée de Fessy vivent une autre vie qui n'est plus utilitaire comme jadis et néanmoins, irremplaçable. Plus jamais on n'entendra l'enclume du forgeron, plus jamais ne tournera la roue du rouet de la fileuse, plus jamais on ne verra la charrette monter à l'alpage, et pourtant, ils nous parlent.

Ils nous parlent d'une autre qualité de vie dont il faut nous souvenir, non pour "revenir aux chandelles" ( grande terreur des dévots du Progrès), mais pour nous en inspirer. L'artisanat de ce monde rural répondait à de réels besoins, non aux besoins factices suscités par la publicité. Comme dans presque toutes les civilisations du monde, la forge était l'artisanat fondamental dont dépendaient la plupart des autres : sans elle, pas d'outils agricoles, pas de menuiserie ni d'ébénisterie. Tous les artisanats sont représentés au musée de Fessy, qui couvrent tous les besoins de l'homme, et Bernard Lacroix a raison de rappeler que "la pauvreté rend ingénieux", pauvreté par rapport à la quantité d'objets qui nous entourent aujourd'hui mais pauvreté toute relative. Quels jeunes parents actuels ne rêveraient pas de ce lit à baldaquin monté sur pivot, et de ce berceau suspendu muni d'une corde reliée au lit afin qu'ils puissent bercer l'enfant sans avoir à se lever? Nos aïeux n'avaient pas l'eau courante mais ils se lavaient : cette baignoire construite à la façon d'un tonneau n'est-elle pas plus belle qu'un jacuzzi? Ils savaient vivre. La variété des ustensiles de cuisine ( ils utilisaient le coupe-pain et le grille-pain, figurez-vous!) laisse deviner qu'ils s'adonnaient, non sans raffinement, aux plaisirs de la table et aux joies de la convivialité.

On ne peut que s'émerveiller de cette ingéniosité mais plus encore, du souci omniprésent de satisfaire aussi les "besoins de l'âme" comme dirait Simone Weil. Tous ces objets témoignent de la richesse de l'âme de nos aïeux. Alors qu'aujourd'hui le matérialisme rationnel impose comme valeurs l'efficacité pratique, le confort ( ce comfort qu'exécrait Arthur Rimbaud), l'esthétique froide des designers, les artisans et paysans de l'ancien monde, privés des multiples divertissements qui nous sollicitent sans répit, occupaient leur temps libre des tâches quotidiennes à la fabrication de ces objets. Ceux-ci sont empreints de leur vie intérieure : légendes, rêveries, ferveur religieuse. Comment expliquer leur souci constant de la beauté, laquelle n'apporte rien sur le plan matériel de l'efficacité et du confort, sinon par l'amour de la gratuité qui témoigne de la richesse de leur âme? En d'autres termes, par leur attachement à l'utilité de l'inutile?

De l'objet le plus noble comme le coffre gravé d'oiseaux et d'étoiles, aux ustensiles les plus triviaux tels le pèse-lait orné d'une lyre, la boîte à sel embellie de rosaces, dents de loup et motifs floraux, et même le collier sculpté auquel on attachait les clarines en bronze ou fer forgé, tout un art populaire se dévoile à nos yeux las de la laideur contemporaine.

 

"On supprimera le Sublime

Au nom de l'Art,

Puis on supprimera l'art."

écrivait Armand Robin.

Sans doute à leur insu, les paysans chablaisiens tendaient vers le sublime (au sens étymologique du terme, du latin sublimis, ce qui est au-dessus des limites, élevé, haut) qui devait leur paraître naturel quand ils levaient les yeux sur les sommets de leurs montagnes. Aux antipodes du monde contemporain qui rabaisse et nivelle tout au nom d'une prétendue égalité, leurs ouvrages se rattachent à l'art populaire au sens le plus élevé du terme, un art qui relève d'une "aristocratie pour tous" comme l'entendait Simone Weil qui a longuement médité sur la spiritualité du travail dans L'Enracinement, à propos de laquelle Jean-Paul Larthomas écrit qu' elle " pense toujours le populaire en articulation avec le poétique qui le transforme et l'accomplit en l'universalisant. Position aristocratique sans doute, mais il s'agit de cette aristocratie pour tous qui est l'âme secrète de l'idéal républicain" (1).

Aristocratique : est-il un autre mot pour qualifier ce tour à bois entièrement marqueté, chef d'œuvre d'un compagnon menuisier?

Cette spiritualité transfigure l'objet le plus humble, se loge là où personne n'irait la chercher aujourd'hui. Fallait-il que l'âme de nos aïeux soit habitée, que chacune de leurs occupations, chacun de leurs gestes baignent dans un climat spirituel dont nous n'avons plus idée pour qu'un sabotier sculpte son banc paroir de manière à figurer l'esprit du mal, tête de sanglier d'un côté, tête de lion de l'autre !

Cet art populaire chablaisien visible au musée de Fessy atteint l'universalité, rejoint toutes les formes d'art populaire à travers le monde, par delà les différences culturelles. C'est cela que Bernard Lacroix veut transmettre aux générations futures pour qu'elles comprennent qu'un iPad est une bien pauvre richesse quand l'âme ne respire plus.

 

Élisabeth Bart-Mermin

 

Notes:

(1)Jean-Paul Larthomas, Le populaire comme source et authenticité in Simone Weil et le poétique ( Éditions Kimé, 2007), p.110. Simone Weil ( 1909-1943), L'Enracinement  in Œuvres,( Éditions Gallimard, coll. Quarto, 2008)

      

samedi, 20 mai 2017

Le cordonnier

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Photographie de Robert Taurines

 

 

 

 

Rappel :

Les gestes de la matière

 

 

Le métier de cordonnier n'est plus ce qu'il était. Les chaussures, à peine portées, vont à la poubelle. De nos jours, le cordonnier dépanne plus qu'il ne fabrique ou répare. Je vois encore le bouif de mon village rajuster ses lunettes pour remettre des pièces les unes sur les autres. Il hésitait longtemps avant de faire un prix qu'il annonçait finalement en soupirant, à regret, presque honteux de faire payer un tel  rapetassage. Pendant la guerre, faute de cuir, on reporta à nouveau les galoches. À défaut de broquettes, devenues rares elles aussi, il coupait dans de vieux pneus des bandes de caoutchouc qu'il clouait sur le bois pour en éviter une trop rapide usure. Blessé de la guerre 14/18, il se déplaçait à l'aide de béquilles dans sa boutique étroite et sombre, le nez dans les boîtes qu'il approchait de la fenêtre pour en mieux voir le contenu. Les chaussures réparées attendaient, bien alignées sur un rayon, le nom du propriétaire griffonné sur un bout de journal. 

Il lui arrivait aussi de réparer les harnais des chevaux et d'y faire le même assemblage disparate de bouts de cuir de couleurs et de qualités différentes, cousus les uns à la suite des autres. Au plus fort de la guerre, il fallut se débrouiller pour fournir le cuir nécessaire aux réparations. Alors, on se mit à la recherche de tout ce qui pouvait encore servir. Un voisin me montra un jour une grande Bible dans la couverture de laquelle on avait découpé, bien proprement, une magnifique semelle.

 

*

 

Les femmes et les enfants allaient chez le cordonnier. J'ai le souvenir d'un homme discret qui écoutait sans quitter son ouvrage des yeux. " Vous repasserez demain!" disait-il par dessus ses lunettes. Contrairement au forgeron, on lui devait de l'argent, qu'il ne réclamait d'ailleurs jamais. Il lui arrivait souvent de travailler pour rien, tant il est vrai qu'un soulier ne peut cacher sa misère.

 

 

Bernard Lacroix, Mémoire des jours (Bias, 1990)

 

 

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Photographie de Robert Taurines

 

 

 

 

samedi, 13 mai 2017

Concert au château d'Avully

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Venez écouter dimanche 21 mai 2017, à 18h, les 22 musiciens de l'Orchestre Mandolinata de Genève, au château d'Avully à Brenthonne.

Le verre de l'amitié sera offert à la fin du récital.

jeudi, 13 avril 2017

Le rouet: en patois "Breg"

rouet, breg, vallée d'abondance

Rouet de la montagne, vallée d'Abondance

Dessin de Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°2

 

 

 

 

Celui qui nous intéresse est un rouet de la montagne, de la vallée d'Abondance plus précisément. Son mécanisme est placé à la verticale, contrairement à celui de la plaine qui s'étale à l'horizontale, comme sur un petit banc.

 

Les femmes filaient à la veillée, dans l'âtre, la journée près de la fenêtre à cause de la lumière, en principe l'après-midi, quand les travaux de ménage laissaient quelques répits. Parfois les voisines amenaient le leur avec elles. On faisait la "gazette" ou on chantait. Beaucoup de chansons savoyardes au rythme lent et plaintif sont des chansons de laine. Mesurées par le ronronnement monotone du rouet, elles racontaient l'attente du soldat, les appréhensions de la future mariée, les peines de cœur... " Là haut sur la montagne, j'ai entendu pleurer..." "Gai, gai, faut passer l'eau...". Les enfants restaient de longs moments à regarder et à écouter : ça les faisait tenir tranquilles et ça énervait le chat qui essayait d'arrêter la roue avec sa patte!

 

Une fois filée, la laine était tout de suite utilisée pour la confection des brossetouts ( brostus), sorte de veste tricotée portée par les hommes, ou des chaussettes d'hiver. Avant de porter ces dernières on les "foulait", c'est-à-dire on les frottait vigoureusement sur une planche aux dents de bois appelée "foule", pour les rendre moins rêches sur la peau.

 

Le rouet est l'une des choses qui font taire les enfants, avec le métier à tisser et le feu dans la cheminée. Quand un enfant ne voulait pas dormir, on approchait une bougie allumée près de son lit. "Regarde la chandelle!" . L'enfant s'endormait à coup sûr.

 

 

Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°2 (1984)

 

 

rouet,breg,vallée d'abondance

Rouet de la plaine. Dessin de Bernard Lacroix

 

dimanche, 02 avril 2017

Le signe de la Croix dans la peinture de Bernard Lacroix

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Chemins ardents ( 1970)

Huile sur bois de Bernard Lacroix

 

 

 

 

Dans la peinture de Bernard Lacroix, "c'est avant tout la composition qui prédomine, la ligne, la croix (sic!) et l'aplat de couleurs pures. Cézanne, Mondrian, Manessier, de Staël, sont quelques noms qui effleurent la surface de la toile" écrit Alain Livache¹. Si ces quatre grands noms on influencé Bernard Lacroix, on est tenté de rapprocher son œuvre, en premier lieu, de celle de Nicolas de Staël : tous deux dépassent l'antinomie entre abstraction et figuration. Comme le précise Alain Livache, " la couleur n'est pas illustrative, elle assume un rôle expressif à part entière. Cet aller-retour incessant entre abstraction et figuration situe bien l'enjeu d'un travail pictural dépassant l'anecdotique : lorsqu'un paysage est représenté, celui-ci n'est pas identifiable géographiquement, il est avant tout un paysage type du Chablais et peu s'en faut pour qu'il devienne une composition sans autre sujet que l'agencement des horizontales et des verticales". Ainsi, dans l'agencement des horizontales et des verticales, on remarque la récurrence de la croix, à la fois forme qui structure la surface peinte, signe et signature.

 

 

La forme de la croix.

 

À travers la forme de la croix structurant l'espace, on perçoit, d'un tableau à l'autre, le va-et-vient entre l'abstraction et la figuration. Dans le tableau intitulé  Chemins ardents, (1970, illustration ci-dessus), la croix apparaît dans un premier temps comme une forme géométrique abstraite aux couleurs vives, se détachant sur un fond sombre qui la met en relief. C'est elle qui capte le regard,offrant la vision d'un croisement, qu'on reconnaît dans un second temps comme un carrefour vu du ciel, tel que l'indique le titre.

 

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 Matin dans le Chablais, Huile sur toile de Bernard Lacroix

 

 

En revanche, dans Matin dans le Chablais, le regard est d'abord capté par les éclats blancs et jaunes et par les aplats de couleurs vives à l'intérieur des deux lignes horizontales inférieures. Une grande croix − épaisse ligne verticale rouge doublée d'ocres jaunes au sommet croisant une ligne horizontale d'aplats réguliers qui décline une gamme de bleus et violets− organise l'espace. Dans cette composition abstraite, rythmée, sans perspective, l'œil peut toutefois discerner trois plans : un plan horizontal inférieur riche en couleurs, puis une croix, et enfin un arrière-plan de rectangles où dominent les bleus et violets. Dès lors, le regard passe mentalement à la figuration. Au premier plan horizontal, deux cubes pourraient figurer des chalets bruns au toit couvert de neige, et l'ensemble des aplats, un village, la croix évoquant deux chemins qui délimitent les rectangles figurant les champs.

 

 

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 Fonte des neiges,  Huile sur carton toilé de Bernard Lacroix (1999)

 

 

On retrouve la même technique picturale dans le tableau Fonte des neiges qui dépasse magnifiquement l'antinomie  entre abstraction et figuration. La croix structure l'espace en quatre parties d'aplats rectangulaires. C'est sa forme qui harmonise les contraires ( couleurs froides et chaudes, verticalité et horizontalité), équilibrant l'ensemble dans une belle unité. Si les formes géométriques relèvent de l'abstraction, la figuration d'un village, sur la ligne horizontale, est perceptible au premier regard. La riche palette des couleurs, contrastant avec le blanc, suggère l'éveil du printemps, le jaillissement de la vie au moment de la fonte des neiges.

 

 

Le signe de la Croix

 

Le mot français "croix" vient du latin crux qui signifie "gibet", "potence". La croix n'est pas qu'une forme géométrique abstraite mais une forme signifiante, un signe. Symbole universel, elle n'a pas la même signification dans la culture occidentale que dans d'autres cultures traditionnelles où elle est aussi présente.

Dans la peinture de Bernard Lacroix, le visible renvoie à l'invisible et le profane au sacré. L'arbre blanc, par exemple, est un tableau figuratif qui représente un arbre dénudé : arbre hivernal, arbre mort?

 

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L'arbre blanc, huile sur carton de Bernard Lacroix

 

 

La forme de l'arbre, un tronc et deux branches horizontales, est bien évidemment celle d'une croix. Mais la forme et le mouvement des branches, le moignon de branche à l'intersection du tronc et de la branche droite, donnent l'impression d'un corps supplicié, celui d'un homme la tête penchée en avant ( le moignon) dont les bras sont écartelés, ce qui rappelle un poème de Noël de Bernard Lacroix où l'on voit, dans le lointain, " un arbre mutilé/ qui ressemble à une croix".

L'arbre et le corps supplicié ne font qu'un. La coulée de rouge sur le tronc évoque le sang, les aplats de différentes couleurs sur les branches ont figure de blessures. L'ensemble se détache sur un fond où domine le rouge sang flamboyant, couleur de la Passion. Le profane renvoie au sacré : nous sommes en présence d'une Crucifixion.

 

On retrouve le même rouge et le blanc dans la Croix des Chemins ardents.Au centre de cette croix, un carré jaune, lumineux, pareil à un fanal. La charge symbolique du titre dévoile la signification profonde de la Croix: ces chemins ardents sont ceux de la vie où l'homme doit choisir le sien, sur les pas du Christ.

Enfin,  Matin dans le Chablais et Fonte des neiges renvoient à la Résurrection : résurrection du jour, avec toutes les nuances de violets et bleus nocturnes glissant vers le blanc de l'aube, le rouge de l'aurore, l'or du matin ; jaillissement de la vie dans la Croix de la fonte des neiges où chantent les couleurs.

Dans chacun de ces tableaux, l'artiste fait le signe de la Croix.

 

 

La Croix, une signature

 

"C'est avant tout la composition qui prédomine, la ligne, la croix (sic!)" : ce malicieux (sic!) d'Alain Livache joue, à juste titre, sur le nom de l'artiste Lacroix. La forme de la croix est, en effet, une marque stylistique de la peinture de Bernard, une particularité qui rend immédiatement identifiable un tableau,en un mot : une signature.L'artiste place ainsi son nom sous le signe du Christ. Comme pour Alfred Manessier, peindre et prier sont une seule et même chose. L'œuvre d'art devient offrande, louange de la beauté du monde, de la Création divine à laquelle elle participe et qu'elle continue. La peinture de Bernard Lacroix nous invite à la contemplation, au silence. Comme toute œuvre d'art authentique, elle transcende l'actualité, les modes et les vanités de son époque, de toutes les époques.

 

 

Élisabeth Bart-Mermin

 

Notes:

¹Alain Livache, Une peinture avec ou sans sujet in Bernard Lacroix, Catalogue de l'exposition d'Art et d'Histoire d'Annecy, 2001, p. 11.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

samedi, 04 mars 2017

Le baptême

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Berceau de baptême (1781)

Dessin de Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°2 

 

 

 

 

 

 

Ce dessin de Bernard Lacroix représente une très belle pièce de sa collection, un berceau de baptême ( en patois: "bri") du XVIIIe siècle.

Origine: Bellevaux

Orné de rosaces et de divers motifs géométriques taillés au couteau.

Quelques traces de polychromie en deux tons ocre rouge et ocre brun.

Longueur: un mètre.

 

 

*

 

Le baptême

 

Le nouveau-né était porté à l'église par la marraine, sur la tête ou sous le bras. Dans le premier cas, il était placé sur un coussin en forme de couronne appelé torche, ( en patois toershe) et garni de rubans et de dentelles. Le nouveau-né portait ce jour là la longue robe de baptême qui servait à plusieurs générations, ornée elle aussi de rubans et de dentelles faits main.

Le parrain marchait à côté suivi des invités de la fête. La mère n'assistait pas à la cérémonie, encore sous le choc de l'accouchement, car on baptisait autrefois très vite, au maximum trois jours après.

Elle attendait pour revenir à l'église de se faire "rebénir", vieille pratique d'origine biblique appelée les relevailles : celle qui y allait prenait une autre femme avec elle, elle mettait son voile. Elle s'arrêtait d'abord sous la tour, c'est-à-dire sous le clocher, et le curé venait la bénir. Puis elle s'avançait vers la table de communion, le curé disant des prières.

Après la cérémonie du baptême, les invités se retrouvaient à la maison pour un  repas de fête auquel tout le monde assistait, cette fois-ci sans restriction.

 

 

Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°2 (1984)