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samedi, 18 novembre 2017

Novembre

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Photographie de Jean-Michel Lacroix

 

 

 

 

 

 

Je vais bientôt mourir.

 

Je ne te laisse rien :

Que deviendrait le ciel

Si les feuilles y laissaient leur trace?

 

Je marche :

Mais il y a d'autres pas que les miens.

Je parle :

Mais c'est une autre voix que tu entends.

 

 

Bernard Lacroix, Reflets oubliés

samedi, 24 décembre 2016

L'Ange de Noël

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Charles Le Brun, Nativité (XVIIe siècle)

 

 

 

 

 

Rappel:

 

Noël ou le mystère de l'Incarnation dans la poésie de Bernard Lacroix

Minuit à Bethléem

 

 

 

Relevant ses draps de grège

Sur sa tête de hibou :

" Ah comme il fait bon chez nous!"

Disait Jean par grande neige.

 

Soudain, depuis la courette

Une douce voix pleura :

"Permettez que je m'arrête

Pour goûter à ce feu là."

 

"N'aime pas les gueux qui traînent!"

Cria Jean à grosse voix,

"Que les quatre vents t'emmènent,

Et te perdent dans les bois."

 

Pas un berger, pas un pâtre,

À l'ange transi de froid,

Ne laissa un coin de l'âtre

Pour s'y réchauffer les doigts.

 

Au chaud dans leurs draps de toile :

Tous les bergers ce soir là!

Dans les cieux la belle étoile

Ne brilla que pour les chats.

 

Depuis, on dit à la ronde :

"Sans les Jean et autres fous,

Jésus le sauveur du monde

Aurait pu naître chez nous!"

 

 

Bernard Lacroix, Au vent mûrieux

 

 

Joyeux Noël à tous!

 

 

 

 

vendredi, 17 juin 2016

Le ciel des humbles, 3 .

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Les foins sur les hauteurs de Bons-en-Chablais (Haute-Savoie)

(Photographie de Jean-Nicolas Bart)

 

 

 

 

Rappel:

 

Le ciel des humbles, 1

Le ciel des humbles, 2

 

 

 

Rogations

 

 

Parce qu'il pleuvra trop ou pas assez,

Parce que nos épaules faibliront sous la charge,

Bénissez-nous.

 

Éloignez les nuages à grêle, les orages,

Et les nuits sans sommeil,

Les matins trop vite là.

 

Bénissez notre terre :

Pour que nos épis soient lourds et dorés,

Notre treille vigoureuse.

 

Bénissez la roue que l'ornière casse,

Le cheval qui n'en peut plus,

Le vieux chariot pourri,

L'outil fendu qui échappe et blesse,

La pierre qui fend l'outil.

 

 

Bernard Lacroix, Au vent mûrieux

mardi, 29 mars 2016

Berceuse

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Photographie de Jean-Nicolas Bart

 

 

 

Comme la risée a besoin du frisson de la voile,

 

Comme le silence a besoin du cri de la mouette,

J'ai besoin de ta voix quand le soir descend.

 

Je t'écoute :

Parle-moi,

Pour que la brise de tes mots

Caresse mes songes naissants.

 

 

Bernard Lacroix, Reflets oubliés

samedi, 09 janvier 2016

Hommage de Graziella Parenti à Bernard Lacroix

grazielle parenti, bernard christin, association arts et connaissance

Bernard Lacroix au piano, son frère Gilbert à la guitare, au Casino d'Évian. Archives de la famille Lacroix.

Année 1952 ou 53, époque où Graziella Parenti fait la connaissance de Bernard Lacroix.

 

 

 

 

 

Lorsque j'ai connu Bernard, nous avions 18 ans tous les deux. J'avais été subjuguée par sa chevelure blonde et bouclée et son sourire malicieux. Il m'avait invitée chez lui et s'était mis à jouer de la scie musicale : quelle merveille pour moi qui connaissais plutôt la musique orientale!

Sa sœur Marie-Christine m'a parlé de lui enfant : alors que ses pieds touchaient à peine les pédales de l'harmonium de son grand-oncle, déjà ses doigts voltigeaient sur les touches avec habileté. Il avait le don de la musique, qui ne l'a jamais quitté.

 

Á la mort de ma mère, sa famille et lui m'ont gentiment proposé de faire partie de l'Association du Musée Paysan de Fessy, et là j'ai découvert encore d'autres dons de Bernard : il a créé ce musée dans la maison de sa grand-mère, infatigable collectionneur, il y a réuni un nombre impressionnant de vieux objets qu'il avait répartis dans différentes pièces, recréant ainsi épicerie, atelier du sabotier, du tisserand, chambre à coucher, cuisine etc... Il a également présenté d'autres objets par thèmes : objets de toilette, outils du boucher, outils agricoles, ustensiles divers tels que plaques à beurre décorées, faisselles, tamis, moulins à café, fers à repasser... Il y avait là des choses extraordinaires : le botacul du fermier pour équiper son derrière de façon pratique sinon élégante afin de traire ses vaches, le virolet pour caser le bébé et libérer sa maman, le merlin qui assurait une mort rapide et sans bavure aux porcs, l'immense baquet où conserver la viande au sel, et dans un coin, bien mise en évidence, une belle balle de colporteur (sorte de petite armoire en bois).

J'imagine la joie des personnes voyant arriver le colporteur avec sa balle sur le dos, pleine de trésors : dentelles, boutons, rubans, laine, fil, aiguilles, bijoux en or, en argent, montres, couteaux etc...etc.

Au musée, chaque visiteur pouvait trouver son content dans ce "capharnaüm" bien organisé, si propre à susciter curiosité, surprise et émotions.

 

Je me souviens des fêtes que nous faisions chaque été où Bernard réunissait tous les gens du village et des alentours. Il faisait revivre les métiers d'autrefois : la fileuse à son rouet, la tisserande ( sa maman qui tissait sur le vieux métier), le forgeron, le joueur de piano mécanique nous régalant des airs d'antan, le sabotier et tant d'autres. Le cor des Alpes nous charmait de ses sonorités émouvantes tandis que nous partagions bugnes, beignets, soupe arabe et buvions cidre, rosé et gnôle du coin! Que de bons souvenirs!

 

Non seulement Bernard a fait œuvre de collectionneur, il a fait également œuvre de créateur à partir de vieux objets au rebut. Avec l'aide de Roger Chatelain, son ami bricoleur avisé, il les a assemblés avec art, leur redonnant ainsi une âme : un fer à cheval et voilà un chat avec une poignée de vieille marmite en guise de queue : quelle grâce! Une bêche, un anneau, et miracle, voilà une Vierge Marie!

Outre le fer à souder, Bernard a manié les pinceaux pour réaliser des tableaux tantôt figuratifs, tantôt abstraits, aux couleurs chaudes et lumineuses.

Ses peintures de paysages m'ont toujours fait rêver.

Dans ses tableaux, nous pouvons souvent voir des pommiers − sa sœur m'a confié un jour que ces arbres étaient chers à leur père, Bernard le faisait revivre ainsi.

Chaque année Bernard éditait un Cahier du musée, où il rédigeait avec talent et humour des Notes et anecdotes sur la vie quotidienne dans le Chablais d'autrefois, agrémentées de dessins très enlevés, il avait l'art de croquer à la plume. Il croquait tout aussi bien à coups de mots : avec des mots de tous les jours choisis avec sensibilité, il créait des poèmes-tableaux tout en délicatesse et en justesse, expression de son moi profond.

 

Bernard, ami musicien, plasticien, poète, chroniqueur, artiste à mille facettes et beau sourire, transmetteur de savoirs, tu nous as enchantés et tu nous enchanteras toujours.

 

Graziella Parenti*

 

 

* Allocution prononcée au cours de l'assemblée générale de l'association "Art et connaissance", le 14 décembre 2015, au château de Ripaille à Thonon-les-Bains. Membre de cette association créée par le poète, sculpteur et peintre Bernard Christin, Bernard Lacroix avait donné une conférence au château de Ripaille dont nous avons publié plusieurs extraits. (Voir ici)

 

 

 

 

 

jeudi, 24 décembre 2015

Minuit à Bethléem

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Frederico Barocci, Nativité (1597)

 

 

 

 

Rappel :

Noël ou le mystère de l'Incarnation dans la poésie de Bernard Lacroix

Noël autrefois, en Chablais

Les yeux des tarines, conte de Noël

Pour Noël, la recette des rissoles chablaisiennes

 

 

*

 

 

Bernard Lacroix aimait Noël comme en témoignent les nombreux textes publiés sur ce blog, où nous retrouvons l'enchantement des Noëls d'autrefois et surtout la signification profonde de cette fête chrétienne. Il a vécu son dernier Noël, en décembre 2014, près de la crèche qu'il avait installée dans sa chambre, à la maison de retraite, que Claude Detraz évoque ici .

Nous sommes loin d'avoir publié tous les poèmes de Bernard sur le thème de Noël, il en reste pour les années à venir! Voici celui de 2015.

 

 

*

 

 

Minuit à Bethléem,

Personne n'y pensait

Au Vendredi, au calvaire,

Tout le monde disait

Qu'on n'avait jamais vu

Une maman si jolie.

 

Minuit à Bethléem,

Personne n'y pensait

Au Vendredi, au calvaire,

Tout le monde disait

Qu'on ne verrait jamais

Si jolie maman pleurer.

 

 

Bernard Lacroix, Au vent mûrieux

 

 

Joyeux Noël à tous!

samedi, 05 décembre 2015

L'hiver

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Le givre.

Les choses deviennent enfin ce qu'elles sont. Sur ce subtil camaïeu, l'hiver pose le pur argent de son givre. C'est la touche du maître, le coup de pinceau final qui fait le chef-d'œuvre. L'hiver a du génie, qui l'eût cru?

 

 

La neige vient par petites touches, un peu de blanc par-ci, un peu de blanc par-là. On dirait qu'elle fait des manières : elle part, revient, tournicote... au gré des vents hésitants de novembre. La nature résignée s'abandonne. Il y a encore des feuilles tenaces, des petits cris furtifs ; des bruits intimidés s'éloignent, des ombres complices s'affairent... L'hiver, en vieux célibataire, veut vivre seul. Tout le monde l'a compris.

 

 

Bernard Lacroix, Mémoire des jours ( Éd. Bias, 1990)

 

 

 

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Photographies de Robert Taurines

lundi, 26 octobre 2015

Octobre,2

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La montagne n'est plus ce qu'elle était.

Les feuilles sont en train de "tourner"

Disait ma grand-mère!

 

On devine déjà dans les taillis,

Ça et là,

Les métastases de l'Automne.

 

 

Bernard lacroix, L'herbier du temps

samedi, 24 octobre 2015

Octobre,1

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Bernard Lacroix, Automne en Chablais

Huile sur toile (46x54)

 

 

 

 

Revoilà ces heures indécises

Où il faut lire les choses au travers du temps.

Il faut laisser le jour à d'autres.

Ce n'est pas la nuit qui tombe

C'est la lumière qui s'en va!

 

 

Bernard Lacroix, Reflets oubliés

samedi, 17 octobre 2015

Automne

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 Automne, gouache de Bernard Lacroix

 

 

 

 

L'automne est venu.

Sous un ciel chaotique, le grand bateau blanc assure avec panache une des dernières croisières de la saison.

Le lac, indifférent, distille des reflets incohérents :

ainsi va la vie, les beaux jours ne laissent pas de traces, ou si peu.

 

Bernard Lacroix, Des paysages, des saisons, des jours, des heures... (2014)