Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 13 avril 2017

Le rouet: en patois "Breg"

rouet, breg, vallée d'abondance

Rouet de la montagne, vallée d'Abondance

Dessin de Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°2

 

 

 

 

Celui qui nous intéresse est un rouet de la montagne, de la vallée d'Abondance plus précisément. Son mécanisme est placé à la verticale, contrairement à celui de la plaine qui s'étale à l'horizontale, comme sur un petit banc.

 

Les femmes filaient à la veillée, dans l'âtre, la journée près de la fenêtre à cause de la lumière, en principe l'après-midi, quand les travaux de ménage laissaient quelques répits. Parfois les voisines amenaient le leur avec elles. On faisait la "gazette" ou on chantait. Beaucoup de chansons savoyardes au rythme lent et plaintif sont des chansons de laine. Mesurées par le ronronnement monotone du rouet, elles racontaient l'attente du soldat, les appréhensions de la future mariée, les peines de cœur... " Là haut sur la montagne, j'ai entendu pleurer..." "Gai, gai, faut passer l'eau...". Les enfants restaient de longs moments à regarder et à écouter : ça les faisait tenir tranquilles et ça énervait le chat qui essayait d'arrêter la roue avec sa patte!

 

Une fois filée, la laine était tout de suite utilisée pour la confection des brossetouts ( brostus), sorte de veste tricotée portée par les hommes, ou des chaussettes d'hiver. Avant de porter ces dernières on les "foulait", c'est-à-dire on les frottait vigoureusement sur une planche aux dents de bois appelée "foule", pour les rendre moins rêches sur la peau.

 

Le rouet est l'une des choses qui font taire les enfants, avec le métier à tisser et le feu dans la cheminée. Quand un enfant ne voulait pas dormir, on approchait une bougie allumée près de son lit. "Regarde la chandelle!" . L'enfant s'endormait à coup sûr.

 

 

Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°2 (1984)

 

 

rouet,breg,vallée d'abondance

Rouet de la plaine. Dessin de Bernard Lacroix

 

samedi, 04 mars 2017

Le baptême

numérisation0001.jpg

Berceau de baptême (1781)

Dessin de Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°2 

 

 

 

 

 

 

Ce dessin de Bernard Lacroix représente une très belle pièce de sa collection, un berceau de baptême ( en patois: "bri") du XVIIIe siècle.

Origine: Bellevaux

Orné de rosaces et de divers motifs géométriques taillés au couteau.

Quelques traces de polychromie en deux tons ocre rouge et ocre brun.

Longueur: un mètre.

 

 

*

 

Le baptême

 

Le nouveau-né était porté à l'église par la marraine, sur la tête ou sous le bras. Dans le premier cas, il était placé sur un coussin en forme de couronne appelé torche, ( en patois toershe) et garni de rubans et de dentelles. Le nouveau-né portait ce jour là la longue robe de baptême qui servait à plusieurs générations, ornée elle aussi de rubans et de dentelles faits main.

Le parrain marchait à côté suivi des invités de la fête. La mère n'assistait pas à la cérémonie, encore sous le choc de l'accouchement, car on baptisait autrefois très vite, au maximum trois jours après.

Elle attendait pour revenir à l'église de se faire "rebénir", vieille pratique d'origine biblique appelée les relevailles : celle qui y allait prenait une autre femme avec elle, elle mettait son voile. Elle s'arrêtait d'abord sous la tour, c'est-à-dire sous le clocher, et le curé venait la bénir. Puis elle s'avançait vers la table de communion, le curé disant des prières.

Après la cérémonie du baptême, les invités se retrouvaient à la maison pour un  repas de fête auquel tout le monde assistait, cette fois-ci sans restriction.

 

 

Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°2 (1984)

 

 

 

 

vendredi, 18 décembre 2015

Le cochon, 2

 

numérisation0003.jpg

 

 

 

 

 Rappel :

Le cochon

 

 

Dans le cochon, tout est bon! On gardera le nombril pour graisser les scies, les soies se feront pinceaux, la vessie deviendra blague à tabac...

 

 

numérisation0002.jpg

 

 

 

Pourtant ma mémoire d'enfance n'arrive pas à oublier les cris épouvantables, le sang giclant par intermittence que des mains de femmes, allez savoir pourquoi, agitaient dans un grand seau.

 

 

Bernard Lacroix, Mémoire des jours, ( Éd. Bias, 1990)

 

 

 

numérisation0001.jpg

 

Photographies de Robert Taurines

 

 

 

 

 

samedi, 12 décembre 2015

Le cochon

numérisation0004.jpg

Croquis de Bernard Lacroix, extrait de Croquis minute

 

 

 

 

En Savoie, c'est presque un sacrifice rituel que celui du cochon. La bonne période est de novembre à février, autour des Fêtes. On a retenu pour le grand jour une bête qui pèse entre cent et cent-cinquante kilos et le charcutier, bien sûr, un paysan qui fait ça pour mettre un peu de beurres dans les épinards.

 

La veille, on a acheté les épices et les ingrédients nécessaires à la fabrication de la charcuterie et à la conservation de la viande : poivre en grains, sel, salpêtre, oignons, ail, laurier, thym, cumin, marjolaine, noix muscade, cannelle...

 

De bonne heure, on a mis l'eau à chauffer dans la grande chaudière de fonte. Elle servira à ébouillanter le porc dans le "vassé" pour mieux le raser, pour nettoyer les abats sanguinolents, les boyaux qui serviront à la confection des boudins, des saucisses. Les voisins viendront aider à maîtriser le pauvre animal qui, après avoir été assommé à l'aide d'une hache ou d'un merlin, sera saigné bien vivant, mais sûrement pas sans peine. Le sang est recueilli dans un seau et brassé vigoureusement pour éviter qu'il se coagule. Avec le sang on fera les boudins, préparation délicate, un tant soit peu coûteuse car le boudin savoyard se fait avec du beurre et de la crème.

 

Une fois soigneusement pelé, le cochon est retiré du "vassé" et étendu à plat sur une échelle. On retire les abats, on nettoie proprement l'intérieur de l'animal puis on le laisse tranquillement égoutter, l'échelle redressée cette fois-ci contre le mur de la ferme.

 

Saucisses, boudins, atriaux ( pâtés d'abats) sont assaisonnés au goût du charcutier, ce qui fait dire parfois, quand ils sont trop épicés, que ce dernier a un tant soit peu "caressé la chopine". Á la fin de la journée, il ne sait plus très bien où il en est. J'en ai connus qui étaient saouls avant de commencer leur journée, ce qui donnait lieu à des péripéties qui alimentaient la chronique hivernale : combien de gorets se sont sauvés à moitié saignés, combien d'autres se sont réveillés au contact de l'eau chaude. On disait d'un charcutier peu adroit que son cochon criait encore quand il hachait la viande à saucisse.

 

La coutume était de porter aux voisins et au curé, un petit rôti, quelques boudins et atriaux. Les voisins ne manquaient pas d'en faire autant à leur tour, ce qui fait qu'en hiver, on avait toujours une petite réserve de charcuterie fraîche dans un coin. Le dimanche qui suivait, on invitait les amis et la famille pour un grand banquet : le dîner du cochon. Á vrai dire, après les politesses et le repas de fête, il ne restait plus grand chose de la cochonnaille. Heureux temps où les gens aimaient partager, passer de bons moments ensemble !

 

 

Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°3 

dimanche, 01 novembre 2015

Toussaint 2015

cimetière JA,5.jpg

Photographie de Juan Asensio

 

 

 

 

Rappel :

Nos morts

La Toussaint

Sylvie

*

 

 "Mes morts sont vivants"

Bernard Lacroix, Nos morts

 

 

C'est devenu une coutume, sur ce blog, de célébrer à notre manière la Toussaint, fête du souvenir et de l'espérance. Depuis le VIIIe siècle, la Toussaint est si étroitement liée à la fête des morts du 2 novembre que nous leur rendons visite, au cimetière, chaque 1er novembre. Aujourd'hui, c'est une Toussaint particulière pour nous puisque pour la première fois, nous honorons la mémoire de nos amis partis cette année, Bernard Lacroix et son cousin Joseph.

Si dans un poème de jeunesse Bernard considérait la visite au cimetière comme la suprême preuve d'amour, il écrira plus tard, dans Nos morts, son refus de cette coutume. Pour lui, les morts sont vivants. " Je ne visite pas les morts", écrit-il, " comme si je voulais conserver dans ma mémoire des yeux ouverts et des bouches frémissantes de mots". Il semble qu'à ses yeux, la tombe matérialise l'absence, obture la mémoire. Il préfère évoquer "le  simple dialogue d'une vie toute simple qui me revient à tous moments. Une ombre fugitive, un souffle, un murmure, un bruit..."

Pourtant, certains entretiennent ce dialogue au cimetière. Pour ceux-là, la tombe ne dissimule pas un squelette, elle est la demeure qui abrite l'être qu'ils chérissent toujours. Bernard n'écrit-il pas lui-même, dans Nos morts, que le cimetière est un "deuxième village" ? N'est-ce pas le lieu où, le jour de la Toussaint, familles et amis se retrouvent unis dans l'espérance?

En fait, Bernard accordait plus de valeur aux mots qu'à une visite au cimetière. Ses morts sont vivants parce qu'il se souvient de conversations au café Dret, insignifiantes sur le moment, qui résonnent toujours en lui. Qui sait pourquoi on se rappelle de tel instant, de telle conversation? Comme la photographie, la tombe est un vestige figé si la parole ne l'anime du feu de l'amour.

Bernard n'a pas de tombe. Il a choisi de redevenir poussière, se rappelant peut-être de l'ancien rite du Mercredi des Cendres : " souviens toi que tu es poussière et que tu redeviendras poussière". Il est vivant dans le cœur de ceux qui l'ont connu, avec ses mots d'humour et d'amour, les instants de bonheur ou de douleur vécus ensemble, et dans le cœur de ceux qui le découvrent à travers son œuvre. 

 

 

Élisabeth Bart-Mermin

 

 

 

 

 

 

mercredi, 10 décembre 2014

Musique de Savoie et des Alpes

Rappel:

 

Jean-Marc Jacquier et les "musiques vertes".

La musique

 

 


 

dimanche, 30 novembre 2014

Les colombes en bois, 3

colombe bois,2.jpg

 

 

 

Colombe de la paix

 

 

J'ai une de ces colombes en bois dans ma cuisine. Elle me suit partout et elle est passée par mes chalets d'alpage, mon petit chalet de la "ferme des enfants", l'Irlande etc... Le ventre de l'oiseau est légèrement brûlé, parce que c'est un plaisir de le voir danser lorsqu'on place la lampe à pétrole ou la bougie juste au dessous. La chaleur provoque des turbulences qui la font vivre.

Au moment où j'écris, elle danse au dessus de moi, bronzée à la fumée de tous les foyers qui m'ont réchauffé. Merci aux anciens, peut-être très anciens, qui ont eu cette belle idée d'inviter un oiseau à égayer leurs soirs.

 

Mon oiseau est né d'une branche d'épicéa, d'un couteau Opinel, pour enfin partager notre confort. Il vit désormais en Aquitaine.

 

Jean-Michel Lacroix

mardi, 25 novembre 2014

Les colombes en bois, 2

 

art populaire, colombe en bois

Croquis Les cahiers du musée n°5

 

 

 

 

 

La fabrication d' une colombe en bois

 

Travail de préparation:

 

L'oiseau se compose de deux blocs de dimensions à peu près identiques, planchettes d'épicéa fin et sec de 15 cm, 2 ou 3 cm d'épaisseur. Le premier bloc servira à façonner dedans la tête, le corps et la queue, le second l'ensemble des ailes (voir les croquis ci-dessus) ; à la partie supérieure du dos, on taille une mortaise de 4 cm de profondeur et de 0,7 cm de largeur sur 2 cm de longueur. Sous le ventre, on pratique avec la lame deux fentes servant à introduire les pattes. L'artisan façonne les futures plumes en entaillant le bloc de bois par deux ou trois encoches verticales qu'il nomme les "crochets", puis il taille en pointe les extrémités du bloc, il ponce les pièces produites et s'apprête au travail le plus délicat.

 

La taille des plumes et leur mise en place :

 

Il s'agit de fendre avec précision des lamelles d'un millimètre d'épaisseur sans faire riper la lame extrêmement aiguisée, sinon ce sont les doigts qui s'ornent de belles entailles...

L'homme appuie la pièce de bois contre sa poitrine et entaille le bois, dans le sens du fil, en coupant de l'extérieur vers soi ; lorsque la lamelle est faite, il l'écarte légèrement à l'aide de la lame du couteau et puis la met doucement en place, une fois sur la droite, l'autre sur la gauche de la première fabriquée (voir croquis).

Les plumes se coincent contre la dernière qui a été positionnée et finissent par ressembler à un éventail étalé. Cependant ce travail serait impossible à réaliser si, auparavant, on n'avait mis le bois préparé à bouillir dix minutes dans l'eau.

Les colombes rudimentaires ont des ailes plates et possèdent un nombre restreint de plumes alors que les bons ouvriers parviennent à donner des arrondis à la queue et aux ailes ; ils sortent des oiseaux ayant quarante-deux à quarante-cinq plumes aux ailes.

 

La finition :

 

Il ne s'agit plus que de détails aisés à réaliser : la pose des pattes fines comme des allumettes, les pyrogravures des yeux et du bec, une couche de vernis incolore sur le bois pour le protéger.

 

Propos recueillis auprès de Fernand Marclay, originaire de Vacheresse, Les cahiers du musée n°5

vendredi, 21 novembre 2014

Les colombes en bois,1

numérisation0003.jpg

Colombe d'Abondance

Épicéa taillé et sculpté, XXème siècle (Collection Bernard Lacroix)

Ces colombes fabriquées en alpage étaient suspendues au plafond des maisons comme porte-bonheur. Aujourd'hui, leur fabrication et leur diffusion restent très confidentielles.

 

 

 

Ce serait la vue d'un oiseau d'altitude bien connu des chasseurs de chamois, appelé communément le "papillon" des rochers ( tichodrome échelette) qui aurait inspiré la fabrication des oiseaux de bois dans nos vallées. Ses ailes déployées, aux plumes dentelées alternativement rouges et noires, sont en tout semblables à celles reproduites par nos artistes montagnards.

On retrouve des exemples de cet art populaire traditionnel dans plusieurs pays d'Europe : l'Italie, la Pologne, la Russie, la Hongrie... mais aucun de ces petits chefs-d'œuvres n'a l'élégance, la beauté fragile de ceux que l'on faisait dans le Haut-Chablais il y a peu d'années encore.

 

Autrefois, les bergers en alpage occupaient comme ils pouvaient les interminables heures de gardiennage du bétail et comme ils avaient toujours un couteau en poche et du bois, ils sculptaient toutes sortes de choses: des bâtons, des croix, des sifflets, des manches et puis des oiseaux. En patois on dit que les bergers s'amusaient à "chapoter" du bois.

 

Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°5

 

 

 

 

vendredi, 17 octobre 2014

Les noix

NoixIsere.JPG

 

 

 

Pendant les longues veillées de novembre et décembre, on cassait les noix avant de les porter au moulin pour en faire de l'huile. De couleur brunâtre, l'huile de noix était utilisée pour la salade. On la mélangeait avec l'huile de colza pour en atténuer le goût très fort, jamais pour la friture puisqu'elle ne supportait pas la cuisson.

 

Le cassage de noix : l'aucale, était prétexte à de joyeuses soirées, émaillées de rires et de chansons. Chacun apportait son marteau et une pierre plate pour ne pas endommager le bois de la table. Les femmes pouvaient emporter les brisures dans leur tablier pour couvrir le feu en rentrant à la maison. C'était une tolérance, comme pour remercier celle qui était venue, ce qui montre à quel point le moindre combustible était précieux.

 

J'ai connu deux huiliers : Manillier à Perrignier et Chevallet à Langin-Bons. Leur matériel a été miraculeusement conservé. L'huilerie de Langin est en état de parfait fonctionnement et vaut la visite : un ensemble impressionnant de poulies, de rouages, de meules, supportés par d'énormes poutres de châtaignier.

Les noix débarrassées de leur coquille étaient écrasées finement dans la conche par une grosse meule de pierre, puis chauffées et pressées une ou deux fois de suite.

 

Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°5