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jeudi, 12 septembre 2013

La continuité des formes et leur symbolisme dans les objets et outils traditionnels,1

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Brueghel le Jeune, La moisson

 

 

 

 

En décembre 1999, dans le cadre d'un cycle de conférences-débats, au château de Ripaille, sur le thème La beauté des formes utiles, Bernard Lacroix donna une conférence intitulée La continuité des formes et leur symbolisme dans les objets et outils traditionnels. Nous en publierons plusieurs extraits dont voici le premier.

EBM

 

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La connaissance

 

Il y a la connaissance objective, la connaissance subjective. Mais il y a une autre connaissance, celle qui résulte de l'initiation. Comment la définir? Comment expliquer l'inexplicable? Comment faire parler le silence? Faute d'une définition officielle, faute de la trouver dans le dictionnaire, je vous soumets la mienne, avec humilité : "Une formidable culture, sans écrits ou presque, sans âge, qui va derrière, devant et au-delà des mots. Il faut, pour l'aborder et puis la recevoir, avoir le don, le talent infus de comprendre l'incompréhensible, de deviner, de ressentir, la secrète nature de la matière, des choses, des hommes et du temps."

 

Il y a bien sûr des degrés dans l'initiation, dans la connaissance : n'oublions pas, par exemple, que le compagnonnage est une confrérie ouvrière. J'y fais souvent référence parce qu'elle cultive, maintient des traditions séculaires, des pratiques souvent mystérieuses et secrètes, mais allant toujours du côté de la réflexion, de la perfection, avec pour finalité la qualité intrinsèque du travail.

 

Pourquoi cette présentation d'outils aratoires me conduit-elle à vous parler d'initiés? Parce que l'agriculture est une science qui se transmet de père en fils, qui fait appel à la tradition, à l'observation, à l'expérience, à la déduction, au silence... sa pratique laisse toute latitude à l'esprit. Les paysans sont des penseurs, des poètes, leurs jugements, leurs avis, souvent emprunts d'humour, sont brefs, nets et définitifs. J'ai beaucoup appris à leur contact.

 

Le paysan n'est pas tributaire de la machine. Elle est là pour l'aider dans son travail, pour multiplier ses bras et c'est tout! A ce propos, il est utile de faire remarquer que l'agriculture est l'une des catégories socio-professionnelles qui ont le mieux assimilé et maîtrisé le progrès.

 

L'industrie est froide, malléable, fragile, soumise aux impératifs de la mode et la mode ne dure que le temps d'un chapeau. Alors, que penser de nos énarques qui veulent à tout prix faire de nos exploitations agricoles des P.M.E ou des P.M.I? On attire les paysans en ville pour en faire des chômeurs au bénéfice des trusts agro-alimentaires, comme aux États-Unis.

 

Le XXe siècle aura été celui du déclin du christianisme et de la ruralité, ce qui n'est pas antinomique.

 

Bernard Lacroix, Les cahiers du musée n°8

 

 

 

 

 

 

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