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dimanche, 15 janvier 2017

Mare meum, scopulus, Gustave Thibon (2)

gustave thibon

Photographie de Jean-Nicolas Bart

 

 

 

 

 

Rappel:

Dans la bibliothèque de Bernard Lacroix

Le cyprès, Gustave Thibon (1)

 

 

 

 

Je suis la barque...

Tu fus pour moi la mer et le vent.

J'ai vogué sur ta surface parmi le dialogue azuré des flots et des brises...

– Et voici que ma barque déchire aujourd'hui ses flancs contre toi.

L'écueil veillait sous tes douces ondes!

– Mais ne faut-il pas que je me brise d'abord sur ton écueil pour descendre dans tes profondeurs, dans le silence de tes profondeurs?

Aimer, c'est sombrer, – la mer livre sa surface à la nef joyeuse et creuse, son cœur au bloc naufragé;

Le naufrage sépare et ravit la densité et la fiance au secret de la nuit océanique...

Ton écueil est la porte de ton silence.

– Je suis brisée, mais j'ai touché le fond, chante l'épave aveugle et meurtrie,

J'habite aujourd'hui le fond inviolable et miraculeux de ton amour, te crie l'épave de mon cœur brisé...

 

 

 

Gustave Thibon, Offrande du soir

lundi, 31 octobre 2016

A Jean-Michel Lacroix

jean-michel lacroix

Photographie de Jean-Michel Lacroix

 

 

 

 

Rappel:

 

La Toussaint

Nos morts

Sylvie

Toussaint 2015

 

 

 

Cher Jean-Michel,

 

Il y a quelques jours encore, tu lisais ce blog que tu as créé en 2011 avec Marie-Paule Dimet-Mermin, consacré à l'œuvre de ton oncle et parrain, Bernard Lacroix. Dans ton dernier courriel, daté du 7 octobre 2016, tu m'écrivais que tu avais aimé cette note . J'ignore si tu as eu le temps de lire Le Cyprès  de Gustave Thibon publié cinq jours avant ta mort. Rétrospectivement, ces mots prennent un éclat inattendu. "Offrande du soir", offrande pour la Toussaint, ce poème nous relie à toi au-delà de l'absence.

 

 

 

 

jean-michel lacroixAnimé par la force de l'Espérance, tu as fait face à la maladie avec un courage, une élégance qui forçaient l'admiration. Le monde actuel occulte la mort parce qu'il la craint. Toi, tu ne la craignais pas, tu ne l'occultais pas.

Tu auras emprunté bien des chemins de traverse, surmonté bien des obstacles et des peines, vécu plusieurs vies. Tu as été géomètre, puis paysan éleveur de chèvres, fondateur de La ferme des enfants, à Fessy, entreprise qui donnait la possibilité aux enfants des villes de retrouver, à travers l'ancestral métier d'éleveur, le lien charnel avec la nature que notre monde a perdu. Ensuite, tu as été tailleur de pierres, tu as contribué à la restauration de Kilcoe Castle, un magnifique château médiéval irlandais, propriété de l'acteur Jeremy Irons , puis apiculteur, enseignant d'anglais...

Au fil de ce parcours mouvementé, tu es resté fidèle à tes racines. Enfant, tu vivais à Lyon où travaillait ton père, mais tu passais tes vacances à Fessy. Le Chablais des années 50 et 60 n'était pas encore la zone de tourisme industriel ni le réservoir de travailleurs frontaliers qu'il est devenu, et pouvait ressembler au paradis terrestre. L'eau du Foron était pure, les champs et les bois étaient un terrain de découvertes et d'aventures pour toi qui capturais à la main les truites, les grenouilles et les couleuvres. Nul doute que le paradis de l'enfance ait contribué à forger ta conscience de la détérioration − pour ne pas dire du massacre − de la nature et de la beauté, sans attendre que l'écologie soit à la mode.

 

 

 

Tu es toujours resté très proche de ton parrain Bernard Lacroix. Pendant des années, avec ta grand-mère Marie Lacroix-Vernet et ton frère Jacques, tu as assumé la charge de guide bénévole au musée de Fessy. Tous les trois, vous connaissiez par cœur la collection Lacroix. Tu as aussi aidé Bernard à réaliser certaines sculptures. Tu as écrit les commentaires du recueil Croquis Minute.

À partir de 2010, quand la santé de Bernard a décliné, tu as mis toute ton énergie au service du rayonnement et de la pérennité de son œuvre. Tu as créé ce blog, réactivé l'ancienne association Les Amis du musée de Fessy, renommée en 2014 Amis de Bernard Lacroix, dont tu devins le président. Héritier de Bernard avec ta sœur Anne-Françoise, tu as eu la lourde charge de régler sa succession alors que tu étais déjà malade.

 

Cher Jean-Michel, en ces 1er et 2 novembre, fête de la Toussaint et jour des morts, nous te saluons avec affection, dans l'Espérance. L'association Les Amis de Bernard Lacroix continuera ce que tu as commencé avec elle.

 

 

Élisabeth Bart-Mermin

 

 

 

 

 

 

mercredi, 12 octobre 2016

Le cyprès, Gustave Thibon (1)

gustave thibon,offrande du soir

Vincent Van Gogh, Cyprès dans la nuit étoilée

 

 

 

 

Rappel :

 

Dans la bibliothèque de Bernard Lacroix

L'ombre

La lumière

 

*

 

Sur la colline où se fiance

L'ombre équivoque au rayon pur,

L'arbre élève dans le silence

Son deuil aimanté par l'azur.

 

Qu'importent les heures funèbres

Et le poids de midi vermeil

Si chaque rameau de ténèbres

Nourrit l'essor vers le soleil?

 

Ainsi l'âme obscure et sévère,

Solitaire comme un adieu,

Aiguisant le deuil en prière

Fait de chaque ombre un pas vers Dieu.

 

 

Gustave Thibon, Offrande du soir ( Éditions Lardanchet, 1946)

 

 

gustave thibon,offrande du soir

 

 

mardi, 04 octobre 2016

Dans la bibliothèque de Bernard Lacroix

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Gustave Thibon ( 1903-2001)

 

 

 

 

Dans son atelier ( déménagé en août puisqu'il a été cédé à l'Établissement Public Foncier de Haute-Savoie), Bernard Lacroix avait rassemblé sa bibliothèque dont la diversité reflète sa personnalité atypique, son esprit ouvert, curieux de tout : des livres de poésie, art, histoire, religion, ethnographie, musique, artisanat, se côtoyaient, comme des personnes très différentes mais respectueuses les unes des autres qu'un ami commun aurait conviées à un festin.

Dans ce pêle-mêle savamment désordonné ou mystérieusement ordonné − allez savoir! − un livre à la couverture tavelée par le temps attira mon attention: Offrande du soir, un recueil de poèmes de Gustave Thibon, poète et philosophe. J'avais rapproché la poésie de Bernard Lacroix de celle d'Armand Robin dont il ignorait probablement l'existence; que Gustave Thibon fût entré dans sa vie intérieure n'a donc rien d'étonnant. Nous sommes là dans la zone des grands esprits que Cristina Campo nommait Les Impardonnables, Armand Robin les anarchistes de la Grâce, Maxence Caron, les anarchistes de droit divin, ceux qui ont renoncé aux idoles, à tous les maîtres, pour le seul Seigneur.

 

Le Breton Armand Robin ( 1912-1961), l'Ardéchois Gustave Thibon ( 1903-2001), le Savoyard Bernard Lacroix ( 1933-2015) ont en commun d'êtres nés dans l'ancien monde paysan et d'être restés fidèles à leurs racines. D'une lignée de vignerons, Gustave Thibon est né à Saint-Marcel d'Ardèche; comme Bernard Lacroix, il a vécu toute sa vie dans son village, c'est un autodidacte qui a quitté l'école à treize ans, avec le certificat d'études primaires, pour aider à la vigne familiale alors que son père était mobilisé lors de la première guerre mondiale. Il aura acquis, seul, une immense culture touchant à tous les domaines, littérature, théologie, philosophie, histoire, mathématiques, biologie, économie...

L'œuvre poétique et philosophique de Gustave Thibon, qui lui valut deux grands prix de l'Académie Française, celui de littérature en 1964 et celui de philosophie en 2000, est marquée par l'influence de Simone Weil. Cette immense philosophe d'origine juive,convertie au christianisme, née en 1909 et morte à Londres en 1943 ( plusieurs fois citée sur ce blog), vient en Ardèche en 1941 pour faire l'expérience du travail agricole après avoir fait l'expérience du travail en usine. C'est Gustave Thibon qui la reçoit. Entre ces deux grands esprits se noue une profonde amitié. En 1942, en partance pour l'Amérique où elle devait accompagner ses parents afin de les mettre à l'abri avant de rejoindre le général de Gaulle à Londres, Simone Weil confie à Gustave Thibon  ses Cahiers, un ensemble de réflexions sous forme de fragments, dont il tirera La pesanteur et la grâce, qu'il fera publier en 1947. Cristina Campo traduira en italien en 1951 cet ouvrage majeur, accessible à toute personne en recherche spirituelle.

 

Nous publierons prochainement des extraits de l'Offrande du soir de Gustave Thibon.

 

Élisabeth Bart-Mermin