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mercredi, 11 mai 2016

Du patois au galimatias. (Lettre à madame Vallaud-Belkacem)

patois savoyard,réforme de l'orthographe,réforme des collèges 2016,nadja vallaud-belkacem

 

 

 

Il fut un temps, préhistorique pour les jeunes générations, disons fin XIXe -XXe siècle, où l'École Républicaine avait l'ambition d'apprendre à tous les petits français la langue de leur pays. Le but n'était pas de faire de chaque enfant un futur académicien mais qu'il maîtrise l'orthographe, la grammaire et le vocabulaire de base. Le prix à payer fut relativement lourd pour les enfants du peuple : l'abandon de leur langue natale, régionale, c'est-à-dire leur patois. 

En ce temps là, la République n'y allait pas de main morte : s'ils parlaient le patois à l'école, les récalcitrants subissaient des sanctions qu'on jugerait aujourd'hui humiliantes, comme le raconte le Breton Pierre-Jakez Hélias dans Le cheval d'orgueil, récit de son enfance publié en 1975.

Il faut relire aussi cette anecdote pleine d'humour racontée par Bernard Lacroix : les écoliers savoyards avaient du répondant!

Les méthodes coercitives de l'École d'antan furent efficaces. Dans toutes les régions de France on intériorisa l'idée que parler le patois c'était arriéré, demeuré, "plouc". Les patois devinrent, comme le grec et le latin, des "langues mortes".

Toutefois, depuis les années 70, l'émergence de courants régionalistes a favorisé la prise de conscience de la richesse des langues régionales et, dans plusieurs régions de France, celles-ci sont désormais enseignées à l'université en même temps que la mondialisation tend à faire disparaître de nombreuses langues. Vous pouvez constater ici que notre langue, le francoprovençal ou Arpitan, dont nos patois savoyards sont dérivés, est en danger.

Pourtant, on peut penser que l'apprentissage des langues régionales pourrait favoriser l'intérêt, le goût pour les langues. Songeons à l'exemple du grand poète et fabuleux polyglotte Armand Robin qui, pendant les sept premières années de sa vie ne parla que le fissel, un dialecte breton.

Aujourd'hui, l'École de la République prend un chemin inquiétant, voire angoissant, celui du mépris des enfants du peuple qui n'ont pas droit à un enseignement de qualité, à l'éducation par l'effort, à l'accès à des cultures savantes. La réforme des collèges 2016 fait disparaître l'enseignement du grec et du latin, pour ne citer qu'un exemple de son catastrophique programme. Quant à la réforme de l'orthographe... mieux vaut en rire qu'en pleurer, et apprendre à la maison, à nos enfants ou petits-enfants, l'orthographe si complexe de notre belle langue pour leur laisser la chance de pouvoir lire un jour nos poètes, écrivains et penseurs. Du patois que la République a voulu jadis éradiquer, on va tout droit au galimatias pour tous comme le suggère cette lettre hilarante à madame la ministre de l'Éducation Nationale que Jean-Claude Fert m'a envoyée. Un grand merci à lui.

 

Élisabeth Bart-Mermin

 

 

CHAIR MADAME VALLO BELLEQUASSEME

 

Najat, vous perméter que je vous appel Najat, in? Je suis comptant. Je suis d'accort à sans pour sans avec la raiforme de' lortograf. Enfaim kelk 1 qui nous a comprix. Je nan pouvez plus du prof de fransé qui nous parle toujour de Cornaye, hauteur qui est deja maure. Moi qui n'arrive pas a terminet le dernier Musso! Il paré que vous avez soustenu la téaurie du janre. Cé quoi sa? Abiyer les garsons en fille? Vous dépasser les baurnes. Mais vous avez rézon. Les maux sont trot conpliké. Tous ses axan nainportou, c'été une turi. Depui la maternaile, les dictez son mont cochemarre. Heureuseumand que les naute ont tété suprimais. Avent, javez des bultains grave. Vous avez changer toussa. An plusse, sur Kanal vous aitié vrémant jantyee avaique un barebu. Par pitiez, ne féte pas come votre colaig Kristiann Tobiraz, ne kiter pas le gouvairnemans. J'éme bocou votre sous-rire. Dézormai, il est clair mes journez. J'avous , il y a des foies ou je saiche les colles. Ne le raipété pas a ma maire. Elle manpecheraie de regerdez Ze Voillece. Sept un secré entre nous.

Vous aite la mayeure ministre. Mairsi de nous zanlevez cé trés d'union qui son tinutil.

Jé une favœur a vous deuxmandez. Mintenand, je voudré fer 1 staje dans vos buros rue de Grrrnell. Vous savet, grasse avou, je vé bientaut avoir mon back lé doa dans le né. Cé mairvéyeu. Sa cera un trait bo kado pour mé 23 zan.

Je vous quiffe.

 

 

samedi, 23 avril 2016

Les gestes de la matière

mémoire des jours, artisanat traditionnel, robert taurines

Photographie de Robert Taurines

 

 

 

 

"Une civilisation qui ne laisse pas de traces est une civilisation perdue."


Bernard Lacroix

 

 

 

 

L'industrie moderne n'a plus besoin de mains. Les choses se font toutes seules, au gré d'une mécanique programmée. Ce qui en résulte est sans vraie beauté, sans personnalité, sans charme, sans élégance... et ne sert, après usage, qu'à alimenter les décharges publiques.

Une civilisation qui ne laisse pas de traces est une civilisation perdue. Cet appétit que nos contemporains ont de plus en plus pour une autre qualité de travail, devrait faire réfléchir ceux qui régentent notre destin. On a tué le petit artisanat tout simplement parce qu'il échappe, en partie, aux regards d'une administration de plus en plus omniprésente.

Il y avait, autrefois, des mains de paysans, des mains d'ouvriers, des mains de ménagères... Aujourd'hui, tout le monde a, à quelque chose près, les mêmes mains flasques, blanches, propres, des mains qui ne savent rien faire de leurs mains et qui ne savent plus donner non plus, ni salut, ni chaleur, ni caresses.

Avec la disparition de l'artisanat traditionnel, c'est tout un état d'esprit, une philosophie, un tour de main, un savoir-faire à jamais disparus. Les vieux savoirs ne s'apprennent pas, ils se communiquent, qui va assurer la relève ?  Car, à n'en pas douter, on reviendra à l'amour de ces objets dont la forme est dictée par le geste, par l'usage que l'on en fait, cette beauté faite de retenue, de simplicité, d'élégance, ce modeste décor qui vient en adoucir la rigueur fonctionnelle. La plus ordinaire des poches à écrémer le lait pourrait inspirer les plasticiens modernes.

Enfant, je me faisais encore plus petit pour contempler mon voisin menuisier au travail. J'ai appris ainsi ce qu'avoir de l'or dans les mains voulait dire, ce qui devenait en un rien de temps une planche anodine tenait pour moi du miracle. C'est de ces moments inoubliables que j'ai gardé une véritable admiration pour ceux qui savent faire quelque chose avec leurs doigts.

Quand le menuisier est mort, on a jeté ses outils à la poubelle et fait de son atelier un garage à voiture. J'y vois très bien encore, en passant, l'endroit où il y avait la scie à ruban, l'établi, le fourneau à sciure, le petit tas de copeaux frais, la réserve de bois d'ouvrage... et je me dis en moi-même : quand je disparaîtrai à mon tour, on va bien vite se débarrasser de ce qui semble, pour les héritiers, un héritage encombrant. Le menuisier est mort deux fois. Bientôt, il n'y aura plus personne pour se souvenir du ronronnement mystérieux des machines, du bruit des marteaux sur des clous dociles, du chuintement lancinant de la scie... et, tout autour, la silhouette affairée d'un homme qui prit possession un jour de son atelier comme le moine prend possession de sa cellule, la même vie rangée et silencieuse que rien d'autre que le labeur ne put divertir.

 

 

Bernard Lacroix, Mémoire des jours (Bias, 1990)

 

mercredi, 13 avril 2016

La contrebande

borne-138-monniaz.JPG

Ancienne borne frontalière à Monniaz

 

 

 

 

 

En patois savoyard, le mot contrebande se dit kõtrebãda.

Voici un récit en patois (phonétique) qui rappelle l'importance de cette activité en Chablais, avant le rattachement de la Savoie à la France en 1860.

 

Kã õ nètè sorde, le taba pwé süto la so z ètyã ro è shér partye. luz om alovã tó n ã kri sü swis, lè pè Munya. i modovã a tõbo de né, a pi déshó, mã õ n alove prœ ã sé tã, i trakwovã lu bwè, i lyœ falè dawe z œre de tã pèr arvo lé. Õ yozhe a munya, i mzhivã na golo, i se fachã na shérde de so, de mtõ, s ü be de taba plèya dyã dé kornè ã papi rozhe, pwé tlé lu amo to de né, awé lœ toka ; mé adã, i falè brove se vèlyi lu gablu! wè, lu gablu lyœ prènyivã apré, i se pustovã yó pè lu bwè ; pwé kã i povyã luz akroshi, i lyœ prènyivã lœ shérde, dé yozhe ky avè, i chegivã jüsk dyã lé mèzõ.

Tó nütru devãnti sã prœ zü alo dese kri de la marchãdi ã kõtrebãda. kã õ n a zü ito frãsé, ã swosãta, y è myo alo ; le taba, la so, pwé asben le sokre, le kofé z ètyã mwe shér, i ne kutovã mimamã po atã k a l entèryœr, a kóza de la zóna. lu vyo d ora kreyã ben dé yozhe apré lœ ke no l ã duto, la zóna.

 

 

Traduction en français :

 

Quand on était sardes, le tabac et surtout le sel étaient rares et chers par ici. Les hommes allaient tous (n)'en chercher sur Suisse, par Monniaz. Ils partaient à tombée de nuit, à pieds nus, comme on allait assez en ce temps là. Ils traversaient les bois, il leur fallait deux heures de temps pour arriver là-bas. Une fois à Monniaz, ils mangeaient une bouchée, ils se faisaient une charge de sel, de tabac en corde ou bien de tabac plié dans des cornets en papier rouge. Puis les voilà en haut tout de nuit, avec leur sac sur le dos ; mais alors il fallait joliment se veiller les gabelous! Oui, les gabelous leur prenaient après, ils se postaient en haut par les bois ; et quand ils pouvaient les accrocher, ils leur prenaient leur charge. Des fois qu'il y avait, ils suivaient jusque dans les maisons.

Tous nos devanciers sont assez eu allés ainsi chercher de la marchandise en contrebande. Quand on a eu été français, en soixante, c'est mieux allé; le tabac, le sel, et aussi le sucre, le café étaient moins chers ; ils ne coûtaient mêmement pas autant qu'à l'intérieur, à cause de la zone. Les vieux d'à présent crient bien des fois après ceux qui nous l'ont enlevée, la zone.

 

 

Dictionnaire Le Patois de Saxel ( Éditions Les Belles-Lettres, 1969)

 

mardi, 29 mars 2016

Berceuse

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Photographie de Jean-Nicolas Bart

 

 

 

Comme la risée a besoin du frisson de la voile,

 

Comme le silence a besoin du cri de la mouette,

J'ai besoin de ta voix quand le soir descend.

 

Je t'écoute :

Parle-moi,

Pour que la brise de tes mots

Caresse mes songes naissants.

 

 

Bernard Lacroix, Reflets oubliés

vendredi, 18 mars 2016

A Bernard

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Bernard Lacroix dans les années 50.

(Photographie: archives de la famille Lacroix)

 

 

 

 

Le 18 mars 2015, Bernard Lacroix nous quittait. Pour le premier anniversaire de son entrée dans une autre vie, ce bel hommage.

 

 

 

Au bout de ses poèmes,

il y avait la terre.

 

Au bout de sa musique,

il y avait la joie.

 

Au bout de ses pinceaux,

il y avait les saisons.

 

Au bout de son enclume,

il y avait les paysans.

 

Au bout de sa vie d'homme,

il y avait l'humour.

 

Au bout de son cœur,

il y avait l'amour.

 

Alors,

un jour de printemps,

il y eut : Dieu!...

 

 

Marie-Thérèse Deruaz (mars 2015)

 

 

 

dimanche, 13 mars 2016

Le château de Buffavent, 3

chateau de buffavent lully, légende de mélusine, duc louis 1er de savoie, anne de lusignan, françois de langin

Le château de Lusignan. Mélusine est représentée en dragon volant.

Enluminure, Les très riches heures du duc de Berry ( XVe siècle)

 

 

 

 

Rappel :

 

Le château de Buffavent, 1

Le château de Buffavent, 2

 

 

La légende de Mélusine

 

 

Le nom Buffavent fut à l'origine celui d'un château fort construit par les Francs au XIIe siècle, époque des premières Croisades, sur l'île de Chypre: le château de Buffavento. Située à 1100 mètres d'altitude, à 12 kms de Nicosie, cette forteresse porte bien son nom, " où souffle le vent", de l'italien buffare (souffler) et vento (vent). Il en reste aujourd'hui une ruine dont la situation semble, en effet, exposée à tous les vents :

 

chateau de buffavent lully,légende de mélusine,duc louis 1er de savoie,anne de lusignan,françois de langin

 

 

Ce Buffavent chypriote fut, au Moyen-Âge,  la propriété des Lusignan, une dynastie poitevine qui régna sur l'île du XIIe à la fin du XVe siècle, Guy de Lusignan ayant acheté l'île à l'Ordre du Temple en 1191. 

Or le duc Louis 1er de Savoie, né en 1413, succède à son père Amédée VIII en 1440. Il épouse Anne de Lusignan ( 1418-1462), fille du Roi Janus (ou Jean) de Lusignan, roi de Chypre. Grâce à ce mariage, il porte alors le titre de roi de Chypre. D'une grande beauté, Anne de Lusignan amène à la cour du château de Ripaille, à Thonon, nombre de courtisans chypriotes. Très amoureux de son épouse, le duc Louis 1er lui laisse beaucoup de pouvoir et cède à ses caprices. Au cours de son règne, les intrigues et la corruption de cette cour chypriote, et aussi la participation du duc à la guerre de succession du Milanais et à l'expédition de Chypre contre les Turcs, affaiblissent l'État de Savoie.

François de Langin, vassal du duc Louis 1er, participe à l'expédition de Chypre avec 800 soldats savoyards, en 1461. Au cours de cette guerre à Chypre qui dure trente mois, il est chargé de défendre la forteresse de Buffavent. À son  retour en Savoie, le duc Louis 1er lui octroie le fief de Lully où il fait construire une maison-forte qui portera le même nom que le château chypriote.

Ces faits historiques expliquent pourquoi la légende de Mélusine a pénétré Buffavent à Lully.

 

La fée Mélusine, femme serpent ou dragon volant, est présente dans les légendes de toute l'Europe  et de nombreuses provinces françaises, en particulier en Poitou. L'étymologie du nom Lusignan, de Mère Lusigne, fait d'elle la fondatrice de la lignée. Dans La légende de Ramondin, un ancêtre des Lusignan, elle apparaît comme une femme très belle dont les jambes se transforment en queue de serpent le samedi.

La légende veut qu'ensuite, au cours des siècles, la naissance de Mélusine se reproduise régulièrement dans la famille royale de Chypre. Par amour maternel, les reines ou les favorites faisaient élever cette Mélusine en secret, dans un château isolé. Ainsi, au temps du duc Louis 1er, une Mélusine était cachée dans le château de Buffavent. Le vaillant seigneur chablaisien, François de Langin, assurait sa garde pendant la guerre contre les Turcs. La légende dit qu'il il l'aurait ensuite ramenée en Chablais et aurait fait construire le château de Buffavent à Lully pour la cacher, que le duc Louis 1er de Savoie, roi de Chypre, venait souvent à Buffavent pour la saluer. La pièce du château où il couchait a gardé le nom de chambre royale et l'une des tours celui de Mélusine.

 

L'histoire de la Savoie et la légende médiévale ont fait en sorte qu'à travers le château de Buffavent, Lully, petit village chablaisien, est lié à une île de la méditerranée aujourd'hui partagée entre les Grecs et les Turcs!

 

 

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Mélusine en son bain épiée par son époux Ramondin (vers 1450-1500)

 

 

Élisabeth Bart-Mermin

lundi, 07 mars 2016

Conférence sur le vêtement des princes de Savoie aux XIV-XVe siècles

Portrait Ghirlandaio.jpg

Ghirlandaio, Portrait de Giovanna Tornabuori ( 1488)

 

 

 

 

Nous avons évoqué dans deux précédentes notes l'histoire du château de Buffavent et des familles nobles qui l'ont habité, dont les généalogies nous laissent une succession de noms auxquels nous ne pouvons pas donner de visage. Toutefois, nous pouvons imaginer leur apparence, leurs vêtements, leur allure, grâce à l'iconographie.

Aussi, en attendant une note sur la légende de Mélusine au château de Buffavent, nous vous invitons à découvrir la garde robe des princes de Savoie aux XIVe-XVe siècles à travers une conférence organisée par l'association " Falbalas et crinolines".

 

 

 

 

 

Conférence de Nadège Gauffre Fayolle

Historienne, doctorante EHSS

 

Se vêtir à la fin du Moyen Âge: de l'atelier à la garde robe des princes de Savoie

 

Vendredi 11 mars 2016 à 19h

Château de Sonnaz

Place de l'Hôtel de Ville

74200-Thonon-les-Bains

 

 

Pour plus de détails lire ici

 

 

 

 

 

 

 

lundi, 29 février 2016

Le château de Buffavent, 2

chateau de buffavent , lully, seigneurs de langin

Le château de Buffavent à Lully (Haute-Savoie)

 

 

 

 

 

Rappel :

Le château de Buffavent, 1

 

 

Les propriétaires du château de Buffavent

 

 

Du XVe au XXe siècle, le château fut la propriété de quatre familles nobles, passant de l'une à l'autre par le jeu des alliances, au fil des successions. Au début du XXe siècle, faute d'héritiers directs, il est vendu une première fois, puis revendu deux fois jusqu'aux propriétaires actuels.

 

De 1460 à 1531, le château appartient à la famille de Langin.

C'est probablement François de Langin qui fit construire le château de Buffavent. Louis de Langin et son frère François, seigneur de Veigy, font le 13 juin 1460 un pacte de famille et d'affection mutuelle qui les engage, entre autres, à régler l'ordre de leur succession réciproque en cas d'absence de mâles dans l'une ou l'autre branche.

En 1461, Louis de Langin conduit 800 hommes d'armes à Chypre, envoyés par Louis de Savoie à son père, le duc Louis 1er de Savoie, époux d'Anne de Lusignan, fille du roi de Chypre*.

Si l'un des deux fils de Louis, Guigues, semble être le premier des Langin à avoir porté le titre de seigneur de Buffavent, c'est son frère, Philibert, co-seigneur de Buffavent, qui teste en faveur de ses sœurs Jeanne et Antoinette, selon un testament établi à Buffavent. Jeanne épousera Georges d'Antioche, baron d'Yvoire. Antoinette, cohéritière de Jeanne, épousera Aymon de Bellegarde et lui apportera le château de Buffavent.

 

De 1531 à 1640, le château appartient à la famille de Bellegarde.

Le château et le titre de seigneur de Buffavent appartiennent aux Bellegarde sur trois générations. Antoinette et Aymon de Bellegarde ayant eu deux fils et une fille, leur fils Claude-Urbain hérite de Buffavent. Il épouse Amable de Bellegarde ( sans doute une cousine) et meurt en 1571. Leur fils Pierre-Noël hérite de Buffavent par testament de sa mère en 1601. Marié à Jeanne de Montferrand, il meurt en 1640. Jeanne se remarie avec Scipion de Seyssel. Buffavent passe alors aux Seyssel.

 

De 1632 à 1760, le château appartient à la famille de Seyssel.

Scipion, seigneur d'Ambilly, co-seigneur de Compoix, se mariera quatre fois.

De sa première femme, de nom inconnu (probablement Béatrice de Blounay), il a une fille qui se mésallie en épousant un sieur de Favrat de Bellevaux, fort riche et considéré. Leur contrat de mariage est signé à Buffavent le 31 janvier 1644.

En deuxième noce, Scipion épouse Jacquemine Jaillet, fille d'une famille de Lucinge en Faucigny, veuve de Nicolas de Lucinge de Châteublanc. De ce second lit, naissent quatre enfants dont Louis de Seyssel qui devient seigneur de Buffavent par testament de Jeanne de Bellegarde, la troisième femme de son père, en mai 1650. Il a un fils et une fille de son second mariage avec Anne-Marie de Varax.

Son fils, Pierre-Louis-Scipion de Seyssel épouse en 1715 Catherine Prospère de Rodrette.

Sa fille, Françoise-Philippe de Seyssel épouse en première noce Balthazar de Genève et en deuxième noce , le 4 novembre 1716, Claude-Charles de Gerbois de Sonnaz. Par un premier testament, le 20 mars 1729, elle s'intitule fille d'Anne de Varax et laisse à son mari Claude-Charles de Gerbois de Sonnaz la seigneurerie d'Habère héritée de sa mère. Après avoir recueilli la succession de son frère Pierre-Louis-Scipion, elle fait un second testament, le 8 mars 1760, par lequel elle laisse à son mari la seigneurerie de Buffavent qui passe ainsi dans la Maison de Gerbois de Sonnaz. Les armes de cette alliance Gerbois-Seyssel se voient encore sur une boîte ancienne conservée au château de Chambéry, chez la comtesse de Sonnaz. Á l'intérieur de cette boîte sont deux cœurs avec cette devise: "Leur union fut éternelle".

 

De 1760 à 1922, le château appartient à la famille de Gerbois de Sonnaz.

Le fils de Claude-Charles Gerbois de Sonnaz et de Françoise de Seyssel, Janus, né en 1736, épouse en première noce Julie de la Balme de Montchalin, puis en deuxième noce Christine de Maréchal, fille de Jacques de Maréchal, comte de Salmon et d'Anne de Saint-Séverin. De leur union naissent trois enfants, Joseph, Madeleine et Hector.

La fille de Joseph, Joséphine de Gerbois de Sonnaz, épouse le 25 février 1851 le Baron Joseph-Melchior de Livet de Montchaux.

Hector meurt en 1867 et laisse deux fils, Albert et Joseph-Jean, qui rachètent Buffavent à leur tante la baronne de Livet.

Le comte Joseph-Jean de Gerbois de Sonnaz, général de l'armée italienne, sénateur au royaume d'Italie, demeurant à Rome, décédé sans testament le 7 avril 1905, laisse comme unique héritier Charles-Albert, également sénateur du royaume d'Italie et ancien ambassadeur à Rome. Á la mort de celui-ci, en 1922, sa veuve Marie Avogrado décide, en l'absence d'héritiers directs, la vente de Buffavent qui est alors racheté par les Vargnoz, et en 1943, par les Bernard.

 

Prosper Brébant et sa famille ont habité Buffavent jusque dans les années 80-90 comme fermiers.

Le château a été ensuite racheté par les propriétaires actuels, deux amis venant de Genève.

 

E. B-M

 

*Le lien étroit de vassalité (et sans doute d'amitié) entre les Langin, le duc Louis 1er de Savoie et son épouse Anne de Lusignan, explique la présence de la légende de Mélusine (à laquelle était liée la famille de Lusignan) au château de Buffavent. Nous y reviendrons dans une prochaine note.

 

(Á suivre...)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi, 15 février 2016

Le château de Buffavent, 1

Fin mai 2015 à 11 novembre 2015 047.JPG

Le château de Buffavent, huile sur toile de Bernard Lacroix.

Photographie de Jean-Michel Lacroix

 

 

 

 

 

Le premier tableau que réalisa Bernard Lacroix représente le château de Buffavent, dans les années cinquante, époque où cet imposant édifice était devenu une ferme. Sur ce tableau, seules trois des quatre tours et une petite partie du toit  sont visibles, la végétation abondante dissimule en grande partie le bâtiment, d'où une impression de mystère qu'accentuent les couleurs froides dominantes, la touche épaisse, la montagne en arrière-plan. On songe au château de La belle au bois dormant ou à celui du Grand Meaulnes...

 

 

L'impression du visiteur aujourd'hui sera bien différente puisque Buffavent, restauré au cours des deux dernières décennies, a retrouvé son allure de "maison forte", demeure seigneuriale mi-habitation, mi -château fort, tel le palais de l'Isle, à Annecy, édifié au XIIe siècle. Situé à Lully, sur la route de Thonon à Annemasse, il a été construit au XVe siècle par François de Langin. 

En effet, ce château présente toutes les caractéristiques des "maisons fortes". Son plan est très simple : un quadrilatère flanqué de quatre tours. Á l'origine, il devait être entouré de douves comme en témoigne un ravin, au nord. Les ouvertures sont peu nombreuses, de disposition et de dimensions irrégulières. Certaines ont été visiblement agrandies. Sur la façade est, l'entrée est surmontée des armes de Langin. Sur cette façade, au-dessus de la porte de la cave dont les ferronneries massives ont été forgées à la main, une petite fenêtre à fortes grilles correspond à un siège de guetteur. De même, la façade ouest présente une fenêtre munie de grilles et sur la façade sud, une petite fenêtre jumelée a encore des sièges de guetteur. Les murs sont très épais : 80 centimètres pour le corps du bâtiment et jusqu'à 1m20 pour les tours qui font vingt-huit mètres de hauteur. Les quarante meurtrières sont de deux types : des archères à l'étage inférieur, deux par tour, ainsi que sous trois fenêtres au premier étage, et de nombreuses meurtrières dans les tours et dans les murs, à diverses hauteurs.

La tour sud-ouest, d'un diamètre plus grand que les autres, comporte dans la maçonnerie un canal ayant dû servir de communication entre la plate-forme et la cave.

Sous Claude-Urbain de Bellegarde, le château fut assiégé et bombardé par les Genevois en 1590. Á la Révolution, il fut découronné et subit de nombreux dommages.

 

E.B-M

(à suivre...)

 

 

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Le château de Buffavent aujourd'hui. Classé monument historique en 1944.

 

 

 

samedi, 06 février 2016

L'eau, 2

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Le lac Léman vu de l'intérieur du château de Chillon*

(Photographie de Jean-Nicolas Bart)

 

 

 

 

Rappel :

L'eau éternelle

L'eau,1

 

 

Nos lacs

 

 

Pour ce qui est des lacs, nous sommes gâtés : le lac d'Annecy, le lac Léman, le lac du Bourget et d'innombrables lacs semés dans les massifs comme des poignées d'émeraudes. Les touristes connaissent bien les trois grands, ceux d'en bas, beaucoup moins ceux d'en haut, récompense du marcheur amoureux du silence et des randonnées solitaires. Quand le soir viendra, il ne se lassera jamais de contempler le grand final de ce spectacle unique qu'est la tombée de la nuit sur les lointains embrasés, l'abandon glorieux d'un soleil combattant jusqu'au dernier petit rayon, devant les falaises revêtues de parures aussi somptueuses qu'éphémères, témoins impassibles et blasés de joutes où le vaincu du soir sera le vainqueur du matin.

 

Les lacs attirent les poètes, c'est bien connu. Rousseau,  Lamartine, Byron*, Anna de Noailles... fréquentèrent nos rivages et se laissèrent aller à des envolées d'un lyrisme débridé. Si l'eau éteint le feu, elle attise l'inspiration et enflamme l'imagination. Elle a un effet contraire sur l'organisme de l'indigène riverain qui, pour excuser son indolence, évoquera son côté sédatif, il appelle ça : "la molle du lac". Mais cette dernière n'altère en rien la réflexion et la prédisposition naturelle de tout un chacun au romantisme, même s'il semble de nos jours bien anachronique. Un coucher de soleil est encore un gros succès populaire avec ses couleurs pas toujours de bon goût, ses relents de frites estivales, ses vents sucrés, ses feux de rampe dignes de l'Alcazar. Et puis ça ne coûte rien.

Les plus beaux couchers de soleil se dégustent en novembre-décembre, quand le ciel s'est débarrassé des brumes de chaleur qui font un écran à sa limpidité. Le spectacle est court mais grandiose. Une petite bise acide chassera vos nostalgies jusqu'au bistrot dont on devine la lueur sur le quai désert. Alors, en fermant les yeux et avec un peu d'imagination, pour peu qu'un accordéon soit lui aussi de passage, vous aurez la délicieuse impression de jeter l'ancre dans un bouge de Hambourg, Amsterdam ou Valparaiso... Il n'est pas défendu de rêver.

 

 

Bernard Lacroix, Mémoire des jours (Bias, 1990)

 

 

* C'est le château de Chillon qui a inspiré à Byron ( 1788-1824), l'une des figures de proue du Romantisme, son poème Le prisonnier de Chillon.