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mercredi, 15 juillet 2015

Hommage de "L'Ami du Foyer" à Bernard Lacroix

 

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Bernard Lacroix (années 50 ou 60?)

Photographie: archives de la famille Lacroix

 

 

 

 

 

Pour lire cet hommage, cliquer ici et là.

lundi, 13 juillet 2015

Complies

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Alfred Manessier, Recueillement nocturne

 

 

 

 

Seigneur,

Voici l'heure

Où la peur

Des fantômes de la nuit

M'étreint.

Faites que le sommeil qui me prend

Ne soit point le dernier,

Et que votre ombre

Longtemps encore,

M'apaise,

Jusqu'au matin.

 

 

Bernard Lacroix, Au vent mûrieux

samedi, 11 juillet 2015

Hommage du Conseil Départemental de la Haute-Savoie à Bernard Lacroix

 

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Bernard Lacroix, années 50

Photographie: archives de la famille Lacroix

 

 

 

 

 

Pour lire cet hommage à Bernard Lacroix, publié dans le magazine du Conseil Départemental de la Haute-Savoie, cliquer Ici

 

 

 

mercredi, 24 juin 2015

Et puisqu'il faut...

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Photographie JN Bart

 

 

 

 

 

Et puisqu'il faut bâtir

Bâtissons dans la joie,

Comme ils savaient bâtir

Autrefois.

 

Et puisqu'il faut partir

Partons sur les chemins,

Dieu saura nous conduire

Par la main.

 

Et puisqu'il faut souffrir

Chacun souffre son droit,

Acceptons sans pâlir

Notre croix.

 

Et puisqu'il faut mourir

Mourons remplis d'espoir,

Sur nos lèvres un sourire :

Au revoir!

 

 

Bernard Lacroix, Au vent mûrieux

 

 

 

vendredi, 19 juin 2015

La fenaison

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Le moment des fenaisons venu, pour avoir la possibilité de garder en hiver quelques bêtes de plus, les paysans des hautes vallées partent faire les foins dans des coins impossibles, jusqu'à 1700 mètres d'altitude. Le faucheur est dans l'obligation de travailler en biais et non pas face à la pente parce qu'il partirait en glissade. Une fois sec, le foin est enserré dans des filets pesant environ 80 kg et porté à dos d'homme dans des granges intermédiaires d'attente. On profitera de la neige pour l'acheminer à l'aide de luges vers le village.

Il arrive que la pente soit si forte, le trajet si long, que le paysan doive creuser à la pioche une petite plate-forme pour y déposer sa lourde charge et prendre quelques instants de repos.

Il est évident que l'on abandonne petit à petit ces méthodes de culture héritées d'un autre âge, mais une poignée de montagnards, des irréductibles de l'effort, la pratiquent encore de nos jours. Sous le soleil cruel qui leur rôtit le visage, la poussière qui leur colle au cou et aux reins, des hommes perpétuent les gestes rudes de leurs aïeux, devant des haies de touristes qui n'en croient pas leurs yeux. On n'ose pas sourire, le spectacle est impressionnant. Ce qui, pour moi, est drôle, c'est d'imaginer que certaines des épouses présentes ne puissent pas s'empêcher de faire la comparaison entre des mâles, dont on n'a plus beaucoup d'exemple, et leurs maris dont les attaches pâlichonnes émergent des bermudas et des tee-shirts à fleurs. Nul ne le saura vraiment tant il est vrai que les femmes cachent beaucoup de leurs pensées secrètes, mais tout de même, quelques-unes ne doivent pas manquer de constater qu'il n'y a pas que les traditions qui se perdent.

 

Bernard Lacroix, Mémoire des jours ( Éditions Bias, 1990) p. 34

 

 

 

 

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Photographies de Robert Taurines

 

 

samedi, 13 juin 2015

Mémoire des jours

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Photographie de Robert Taurines

 

 

 

 

Nous publierons au fil des mois qui viennent des extraits d'un bel ouvrage de Bernard Lacroix en collaboration avec le photographe Robert Taurines, publié en 1990, Mémoire des jours, sous-titré Gestes et traditions d'un monde savoyard. Vingt-cinq ans après sa parution, ce livre acquiert une valeur inestimable puisque la culture qu'il évoque, à travers les textes de Bernard et les superbes photographies de Robert Taurines, a définitivement disparu aujourd'hui. Il nous appartient pourtant d'en préserver la mémoire. Qui sait ce que l'avenir réserve aux générations futures, si elles ne devront pas réapprendre certains gestes, certaines pratiques, un certain esprit?

" Ne perdons pas de vue que l'histoire humaine est une lettre cachetée et que le dernier mot n'est jamais dit."

Pierre Legendre, Fantômes de l'État, ( Fayard, 2015)

 

Élisabeth Bart-Mermin

 

*

 

Voici la présentation de cet ouvrage :

 

Á l'heure où l'homme vit une mutation déchirante, il nous a semblé important de remonter aux sources.

Nous avons voulu, par ce livre, évoquer la culture d'un monde rural qui disparaît.

Ces photographies voudraient être une ode au monde rural. Á la main de l'homme.

Au centre du village, la ligne de vie est là, tracée à grands traits. De l'église au bistrot, du bistrot au cimetière, il y a quelques pas. C'est peut-être cela qui leur donne cette force de vie.

Les gestes d'autrefois sont les racines profondes de la mémoire d'un peuple. Ici, les racines ont poussé dans un sol cahotique et gelé.

 

Bernard Lacroix et Robert Taurines, Mémoire des jours ( Éditions Bias, 1990) 4e de couverture.

mardi, 09 juin 2015

J'aime le vent

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J'aime le vent!

Je lui ouvre mes fenêtres,

Je me tiens éveillé

Pour ne rien perdre du plaisir qu'il me donne

Et de ce qu'il m'apprend.

 

Il y a dans le vent

Toutes les senteurs de la vie,

Toutes les violences et les douleurs aussi.

 

Le vent délivre les songes,

Attise les feux de l'esprit,

Excite les rêves,

Ressuscite les légendes,

Fait claquer les volets de la mémoire assoupie...

 

Un pays sans vent

Est un pays sans histoires.

 

Bernard Lacroix, Reflets oubliés

 

 

 

dimanche, 31 mai 2015

Le parler chablaisien

 

 

 

 

 

Á l'épicerie :

 

" Bonsoir madame, pouvez-vous me plier cette bouteille? Il est déjà 6 heures, je vais la remiser avant de me réduire".

 

"Bonsoir madame, pouvez-vous envelopper de papier cette bouteille? Il est déjà 6 heures, je vais la déposer (dans ma réserve) avant de rentrer à la maison."

 

*

 

Á la messe (vécu):

 

Chant à la Vierge Marie:

 

"Chez nous soyez Reine,

Nous sommes à vous,

Régnez en souveraine,

Chez nous, chez nous,

Soyez la Madone

Qu'on prie (prille en chablaisien) à genoux,

Qui sourit et pardonne,

Chez nous, chez nououous..."

 

Bernard, à l'harmonium, était ravi chaque fois que ce chant était entonné, persuadé que toute l'assemblée, en chantant "chez nous", pensait "dans notre maison". En effet, en chablaisien, "chez nous" signifie "dans notre maison".

Exemple: " J'ai passé tout l'jour après travailler par là-bas à travers, j'rentre chez nous!"

Notons que les Irlandais disent à peu près la même chose:

" I have been after working all day up above around..."

 

Jean-Michel Lacroix

mercredi, 13 mai 2015

Une visite à Fessy

musée de fessy, ethnographie alpine, tradition et modernité, recup'art, alain livache,hubert le goff

L'atelier de Bernard Lacroix à Fessy (Haute-Savoie)

Photographie Hubert Le Goff (2014)

 

 

 

D'abord devant la porte de son atelier, en bric à brac, ses récoltes brutes de ferraille, de bouts de machines agricoles, de tracteurs, de faux, qui ensuite deviendront peut-être oiseau, taureau ou scarabée. Les gens de Fessy ont d'ailleurs désormais pris l'habitude d'y déposer leurs vieux morceaux de fer (souvent même de façon anonyme, précise Bernard Lacroix...). N'est-ce-pas déjà là, en plein cœur de la Haute-Savoie, l'indice remarquable d'une sensibilisation réussie à l'art de la récupération et du recyclage! Il reste peu à faire pour découvrir Arman ou César, célèbres accumulateurs et recycleurs! On constate à nouveau que l'œuvre de Lacroix n'est pas si éloignée de certaines préoccupations récurrentes de l'art contemporain des trente dernières années.

 

Il faut ensuite visiter son atelier, parsemé de ses tableaux, de ses animaux de fer mais aussi de sculptures naïves d'art populaire souvent d'inspiration religieuse ou bien encore d'objets ruraux en instance d'être muséographiés. Au beau milieu, le piano à queue du musicien Lacroix...

C'est dans ces quelques mètres carrés que semble s'opérer l'alchimie...

 

Quant à son jardin de sculpture, face au musée, il y règne la délicieuse cohabitation entre son bestiaire de fer, ses sculptures abstraites, mais aussi d'autres sculptures déposées là par des amis. Et, presque recouverts par l'herbe, de nombreux morceaux de fer épars y attendent un nouveau destin.

 

Après être passé par le jardin de sculpture, on peut alors entrer dans la bâtisse du 17e siècle qui abrite la formidable collection ethnographique d'objets et outils savoyards que Bernard Lacroix accumule depuis des dizaines d'années. C'est son musée "d'artiste paysan", et il en faut peu pour penser qu'il s'agit là, en quelque sorte, d'une de ses œuvres majeures de récupération.

C'est en tout cas, en France, l'une des collections les plus importantes consacrées au monde paysan.

 

Lacroix se tient donc à la croisée de plusieurs chemins. Profondément sincère, il démontre qu'un métissage culturel subtil et non didactique s'articule entre art moderne et art populaire. Outre la qualité intrinsèque de chaque œuvre (et il resterait encore beaucoup à dire) ou de chaque expression de l'artiste ( et nous n'avons pas ici  la place de parler de ses écrits poétiques), l'ensemble contribue de manière puissante à nous préserver de plusieurs manichéismes inutiles tels que ceux opposant fréquemment tradition et modernité – art d'émotion et art de réflexion – création locale et création nationale – art populaire et art contemporain.

 

L'œuvre de Bernard Lacroix fait entendre quelque chose de singulier sur notre temps et notre situation artistique actuelle. Fortement ancrée dans son environnement mais tout autant ouverte à la diversité culturelle, elle est un formidable et fécond recyclage d'une partie de l'histoire de l'art de ces cinquante dernières années. En y entremêlant notre simple histoire quotidienne, il nous relie à l'essentiel.

C'est pourquoi Bernard Lacroix est un libre-artiste comme d'autres sont libre-penseur.

 

Alain Livache, Catalogue de l'exposition Bernard Lacroix du Conservatoire d'Art et d'Histoire d'Annecy, (2001) pp.13-14.

 

mercredi, 29 avril 2015

Un temps pour toute chose

 

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Bernard Lacroix enfant.

(Photographie: archives de la famille Lacroix)

 

 

 

 

" Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel.

Un temps pour enfanter,

et un temps pour mourir;

un temps pour planter,

et un temps pour arracher le plant.

Un temps pour tuer,

et un temps pour guérir;

un temps pour détruire,

et un temps pour bâtir.

Un temps pour pleurer,

et un temps pour rire;

un temps pour gémir,

et un temps pour danser."

 

Ecclésiaste, 3, 1-4

 

*

 

Il fallait un temps de silence sur ce blog, un temps de recueillement, le temps du deuil, des deuils. Après Jean Lacroix, après Bernard, c'est Joseph Lacroix, agriculteur à Fessy, qui nous a quittés le dimanche 19 avril. En moins d'un an, les trois cousins sont partis l'un après l'autre, comme s'ils s'étaient donné le mot, après avoir partagé les joies et les peines de leurs dernières années puisque Jean était revenu au village pour sa retraite. Ils resteront unis dans nos cœurs comme ils le furent dans leur vie.

Il y a donc un "avant" et un "après" pour ce blog.

Bernard aura eu le temps de le découvrir. En juin 2014, grâce à l'aimable complicité d'une animatrice de la maison de retraite qui avait mis un ordinateur à notre disposition, Jean-Michel et moi lui avions montré cet espace virtuel consacré à son œuvre. Il n'en revenait pas, lui qui n'avait jamais touché un ordinateur de sa vie! Jean Lacroix lisait ce blog, Joseph, peut-être aussi... Comme l'a rappelé Jean-Claude Fert, Bernard a créé jusqu'au dernier moment, tant que ses forces le lui ont permis. Aujourd'hui, son œuvre est accomplie.

Nous sommes désormais dans le temps posthume, le temps d'une autre vie pour l'œuvre de Bernard, le temps d'une autre présence, plus forte que l'absence.

 

*

 

Bernard Lacroix ne laisse pas, comme nous l'avons lu dans un article du Messager, un héritage "idéologique". Une idéologie est un système d'idées, de croyances, de valeurs, le plus souvent désigné par un mot en "isme" : progressisme, conservatisme, passéisme, socialisme, communisme, libéralisme, écologisme, islamisme, sionisme, féminisme, et j'en passe... Les idéologies modernes, nées au XVIIIe siècle, ne sont rien d'autre que des systèmes d'idées, des outils pour exercer un pouvoir, agir dans le champ social et politique. Un artiste, un véritable artiste tel que l'était Bernard, c'est précisément, comme le pensaient les plus grands poètes, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, un être singulier, désengagé, "dégagé" en ce sens qu'il n'a cure du pouvoir sur les choses, les êtres, le monde. S'il agit, c'est dans un autre ordre que l'ordre social. Comme l'écrit Maxence Caron, "la dimension de l'art est celle de l'âme, et la dimension de l'âme excède celle du monde ; être artiste, c'est donc préserver un espace de retraite propre à l'absence d'implication dans les glus du monde (1)". Bernard Lacroix ne s'est jamais impliqué dans les "glus du monde", il n'a jamais désiré le moindre pouvoir, il n'a jamais cherché à changer la société, laissant cette prétention aux pseudo artistes autoproclamés "engagés" dont l'engagement n'est le plus souvent qu'une vitrine publicitaire. L'artiste n'est ni un gourou, ni un homme politique, ni un leader social, ni un philosophe, encore moins un idéologue. C'est un esprit libre de toute allégeance. Son héritage est d'ordre spirituel.

Bernard Lacroix a d'ailleurs écrit lui-même son testament noir sur blanc, dans son tout premier recueil poétique, Petites choses d'hiver :

 

" Le poète

C'est celui qui rit pour ceux qui ne rient pas,

Qui pleure pour ceux qui ne pleurent pas.

 

Le poète

C'est celui qui porte la joie

Et la croix des autres..."

 

Porter la joie et la croix des autres : c'est là tout le contraire de la fonction idéologique. Le poète, l'artiste porte : il assume ce que les idéologies quelles qu'elles soient, l'action politique et l'action sociale quelles qu'elles soient, ne sont pas en mesure d'assumer. La poésie, la peinture, la sculpture, la musique, ne changent pas le monde, elles créent un monde, un espace de liberté dégagé de la pesanteur du monde social.

Il faut faire attention aux mots qu'on emploie. Les mots peuvent trahir même quand on n'en a pas l'intention.

Nous continuerons d'arpenter, sur ce blog, le monde que Bernard nous a laissé, d'en explorer la richesse et la beauté. Notre seul "engagement" : le vœu de fidélité.

 

Élisabeth Bart-Mermin

 

(1) Maxence Caron, De l'art comme résistance à l'implication politique ( Éditions Séguier, 2015) pp. 93-94.