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vendredi, 28 août 2015

Altitude

 

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L'Aiguille Verte

Photographie guides-ice-fall.blogspot.com

 

 

 

 

Á X..., mort en montagne

 

 

Je suis monté

Là où il n'y a plus de sentiers,

Là où les sapins sont bleus,

Plus haut!

Plus haut encore!

Á plus de quatre mille mètres.

Et là,

Je me suis senti si près de vous,

Mon Dieu,

Que j'en suis mort.

 

 

Bernard Lacroix, Au vent mûrieux

vendredi, 21 août 2015

Jacques Miguet (1921-1985), 2

 

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Bernard Lacroix, Première neige, huile sur toile, 33x41 cm

Œuvre figurant à l'exposition Les peintres, ses amis en hommage à Jacques Miguet, Annecy, 1988

 

 

 

 

Rappel : Jacques Miguet (1921-1985), 1

 

 

 

 

 

 

 

Les Granges de Servette ou l'itinéraire d'une découverte

 

 

C'est en 1984 que le docteur Jacques Miguet entreprend officiellement son grand pèlerinage, son grand cheminement dans le monde de l'Art, à l'occasion de deux expositions organisées par le Syndicat d'Initiative de Douvaine, l'une consacrée au peintre L.Lehman, l'autre à la gravure où l'on relève les noms de Léger, Manessier, Marquet, Villon...

Les manifestations suivantes furent autant d'évènements qui favorisèrent la rencontre de Jacques Miguet avec des œuvres d'artistes renommés : Balthus, Giacometti, Klee, Miro et Dufy furent en 1956 les "Poètes du visible".

1958 vit la naissance du Comité d'Art et Culture de Douvaine, et la première manifestation aux Granges de Servette, Peintures et sculptures religieuses anciennes en Chablais : à cette occasion, le docteur Paul Ramain présenta l'extraordinaire bâtisse :

" Cette étonnante vieille grange monumentale du XVIIe siècle, temple d'art, isolée dans la nature vivante et pastorale, tout en offrant une vue reposante sur d'immenses horizons paisibles et silencieux, ainsi que sur un prestigieux décor de hautes montagnes dentelées, renferme non seulement une collection sélectionnée d'une cinquantaine de vieilles statues en bois sculpté, vraie "litanie des Saints" vénérés jadis dans nos campagnes et montagnes, œuvres authentiques et sincères d'artistes artisans savoyards du XIIe au XVIIIe siècle, mais encore toute une remarquable collection d'œuvres de jeunes peintres et sculpteurs contemporains".

En 1959, les Granges de Servette se révélèrent un lieu éclectique ouvert aux peintres : Truphémus, Fusaro, Philibert-Charrin, Cottavoz, Decarli, Sogno, Boullier, J-J. Morvan et également à diverses manifestations telle L'Art Nègre avec la participation des Griots, Compagnie africaine d'Art Dramatique, Terre Espagnole, un montage de J-J.Morvan avec Catherine Sauvage et Roger Blin.

En 1960, pour les fêtes du centenaire du rattachement de la Savoie à la France, la mairie de Douvaine présenta Peinture pour tous avec Adilon, Baboulène, Cottavoz, Fusaro, Decarli, Sogno... Vint ensuite le Festival Théâtral des Nuits de Servette proposant tout autant le grand répertoire classique que contemporain, avec le concours de Roger Blin, Marcel Maréchal, les Comédiens du Cothurne de Lyon et le Théâtre des Faux-Nez de Lausanne. La musique ne fit pas défaut : des concerts de luth et guitare furent également donnés.

En 1962, on exposa une collection d'outils (du XVIe siècle à nos jours) qui, au fil des acquisitions, devint collection permanente. L'inauguration fit l'objet de cérémonies humoristiques inoubliables : fanfares, discours de Félix Benoît, recteur de l'Institut des Sciences Clavologiques, remise de décorations, l'Ordre du Clou aux docteurs Miguet et Ramain et au peintre Decarli. René Deroudille présenta la réalisation de Philibert-Charrin L'Élagueur au cœur gai, haute ferraille de deux tonnes et de onze mètres de haut qui accueille depuis lors les visiteurs aux Granges.

  De 1962 à 1987, se succédèrent au cours d'expositions toutes formes d'expression, de l'art populaire à l'art contemporain : peinture, sculpture, photographie, bois sculpté, masques, tableaux textiles, céramiques et collages, toutes manifestations où s'inscrivirent par leur fréquentation régulière les "artistes maison" et qui révélèrent tant de sensibilités nouvelles.

1954-1985, trente et un ans de découvertes, de rencontres exceptionnelles, d'émotions, de joies partagées, trente et un ans d'un véritable mécénat mené tambour-battant avec ce sourire, cette présence rayonnante, cette modestie silencieuse, cette disponibilité, cet enthousiasme, ce contact unique... Le docteur Jacques Miguet, pionnier de la Culture nous a quittés. Reste son œuvre, non seulement aux Granges de Servette, la réalisation de la salla polyvalente de Douvaine, mais aussi le dynamisme qu'il a su donner à l'ADDIM de Haute-Savoie dont il fut le président-fondateur et au sein de la commission culturelle du Conseil Général et du Conseil Régional qu'il présida avec combien de compétence et de réussite. Militant de la défense du Patrimoine, il donna l'exemple truelle en main. Son passage à la mairie de Douvaine, son cher petit bourg, lui donna plus de soucis que de satisfactions. Paradoxalement, ce Conseiller Général, élu et réélu avec des scores favorables jamais atteints, ne fut pas toujours bien compris et aidé dans sa propre municipalité. Cachant sa déception et sa peine derrière un humour ô combien charitable, sa consolation devait être de savoir ses amis innombrables et fidèles. Ils ne sont pas prêts de l'oublier.

 

Bernard Lacroix, Catalogue de l'exposition "Les peintres, ses amis- Hommage à Jacques Miguet, (Annecy, 1988) pp.13-14

samedi, 15 août 2015

La poésie comme prière: sur un poème de Bernard Lacroix, par Emmanuel Fournigault

La poésie comme prière, emmanuel fournigault

Filippo Brunelleschi, Vierge à l'enfant dite Vierge de Fiesole, XVe siècle.

 

 

 

 

 

Pour la fête de l'Assomption, célébrée aujourd'hui par les chrétiens de France en union avec les chrétiens d'Orient persécutés, voici une très belle note d'un de nos fidèles lecteurs, Emmanuel Fournigault*, sur un poème de Bernard Lacroix, Prière pour un jour de fête des mèresà lire ici.

Merci à lui.

 

* Auteur du site Après l'histoire, dans nos sites amis.

mercredi, 12 août 2015

Jacques Miguet (1921-1985), 1

jacques miguet,granges de servette

Photographie: Catalogue de l'exposition Les peintres, ses amis. Hommage à Jacques Miguet

(Annecy, 1988)

 

 

 

Rappel:

Le Berger

Allocution de Jean-Claude Fert aux obsèques de Bernard Lacroix

Le site des Granges de Servette

 

 

*

 

Jacques Miguet s'en est allé il y a tout juste trente ans. En 1988, une exposition mémorable de ses amis peintres (dont Bernard Lacroix), au Conservatoire d'Art et d'Histoire d'Annecy, lui rendait hommage. Ces grands noms de l'art exprimaient ainsi leur gratitude à cet homme qui avait entretenu avec eux un dialogue lumineux et fécond. Son exemple devrait nous inspirer aujourd'hui.

E.B-M

 

*

 

 

Jacques Miguet était un homme hors du commun.

Ayant délibérément choisi d'être un médecin de campagne alors que ses brillantes études le destinaient à occuper une place prépondérante dans les services hospitaliers universitaires, il préféra demeurer dans son pays pour mieux se consacrer, au travers d'une vie professionnelle intense et d'un dévouement sans limite, à servir l'art et la culture.

D'un intelligence remarquable, servi par une prodigieuse mémoire, toujours avide de connaissances nouvelles et de découvertes, il s'érigeait en défenseur inconditionnel de toute forme d'expression artistique, attentif à privilégier la peinture, la sculpture et la création musicale. Soucieux de la réhabilitation et de la valorisation du patrimoine historique de la Haute-Savoie, Jacques Miguet, par son enthousiasme communicatif, sut convaincre l'Assemblée Départementale de se donner une politique culturelle, de dégager les moyens de sa mise en œuvre et d'assigner au Conservatoire d'Art et d'Histoire la vocation d'être le haut lieu culturel du département.

Passionné de musique, il fonda l'ADDIM dont il assura la présidence et constitua l'orchestre départemental. Passionné de peinture, c'est à lui que nous devons d'avoir acquis la superbe collection Chastel.

Pendant deux mois, peintres et sculpteurs viendront, par l'exposition de leurs œuvres, rendre un légitime et émouvant hommage à celui qui fut, sa vie durant, un grand ami des artistes, de la Savoie et des hommes.

 

Bernard Pellarin, Catalogue de l'exposition "Les peintres, ses amis" , 1988

Président du Conseil Général de la Haute-Savoie.

 

 

 

 


 

 

 

 

jeudi, 06 août 2015

Caprice (1)

 

Enfant Jésus, sculpture souabe.jpg

Enfant Jésus, sculpture souabe, XVe siècle

 

 

 

 

Cette note a été annoncée dans :

Un carnet de Bernard Lacroix

 

 

Le petit Jésus ne veut pas manger sa soupe.

Sa maman lui dit :

"Si tu ne la manges pas,

Ton papa te donnera une gifle!"

 

"Lequel,

Demande le petit Jésus,

Celui d'en-haut ou celui d'en-bas?"

 

"Celui d'en-bas,

Répond la Sainte Mère,

Un bon qu'on tient vaut mieux que deux

Tu l'auras!"

 

Bernard Lacroix, Petites choses d'hiver

 

 

(1) Note de l'auteur : J'ai trouvé cette chose bizarre dans un de mes cahiers d'écolier...

 

 

lundi, 03 août 2015

Assemblée Générale de l'association "Les amis de Bernard Lacroix"

 

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Bernard Lacroix, Nature morte aux poissons, Huile sur toile (23,5x45)

Photographie: catalogue de l'exposition au Conservatoire d'Art et d'Histoire d'Annecy, 2001

 

 

 

 

 

 

L'Assemblée Générale de l'association Les amis de Bernard Lacroix aura lieu le:

 

Mercredi 19 août 2015, à 20h30, salle de réunion (sous la mairie),  à Fessy.

 

Les adhérents recevront une convocation par la poste.

Toutes les personnes intéressées par notre association seront les bienvenues.

 

 

Ordre du jour :

 

Rapport moral du président

Rapport d'activités

Bilan financier

Projets 2015-2016

Questions diverses

 

vendredi, 31 juillet 2015

Un carnet de Bernard Lacroix

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De toutes les archives laissées par Bernard Lacroix, la plus ancienne, la plus humble, la plus touchante, est sans doute un carnet daté de 1947 (1). Bernard avait alors 14 ans. Une série de dates sur la couverture, reprise et augmentée sur la première page, laisse supposer qu'il a tenu plusieurs carnets de ce type. Dans la série de la première page, des lieux sont ajoutés aux dates : Thônes, pour les années 1945,46,47, Thonon pour l'année 1948, Fessy pour l'année 1949. Dates et lieux correspondent à ses années de scolarité. Le sous-titre de la première page, Phrases, adjectifs, vocabulaire pour narration...etc... (sic) ne nous dit pas si la tenue d'un tel carnet était imposée au collège ou s'il s'agit d'une pratique personnelle. Je penche pour la seconde hypothèse car les thèmes récurrents de sa poésie, son émerveillement devant la beauté du monde, son amour de la langue française, son humour, sont déjà là, en germe. 

 L'adolescent collecte des mots, des phrases, comme il allait bientôt collecter les objets mis au rebut. Dans ce carnet de 1947, qui comporte plusieurs ajouts datés de 1948, il mêle des citations sans nom d'auteur (hormis Joseph Kessel, dont il recopie des extraits du roman Le lion) et ses propres phrases. Il arrive qu'il précise être l'auteur d'une phrase, par exemple :

" Le Paysan. Après le travail... En essuyant d'un revers de sa large main caleuse la sueur qui perle sur son front, confiant en l'avenir, il sourit aux étoiles. (C'est de moi)."

Ou bien:

"Les Fleurs. Elles viennent jusqu'à ma fenêtre et semblent me redire chaque matin le bonjour silencieux de la nature entière. (authentiquement de Moi!)B.La +1948, St Jo".

Si Bernard Lacroix ignorait, comme il l'affirmera des années plus tard, où le mènerait sa collecte d'objets, il est clair qu'il collecte les mots avec le désir et l'intention d'écrire, que la poésie est sa toute première vocation (2). Certaines remarques, certains rapprochements entre les citations et les thèmes sont déjà ceux d'un écrivain au travail. La fin du carnet comporte un choix de locutions latines, puis l'annonce, dans la belle calligraphie des collégiens d'autrefois, d'un "Précis de grammaire usuelle, par B.Lacroix, lauréat de la faculté de Lettres" (sic), suivi de ...pages blanches! Déjà poète et déjà facétieux ...!

Les thèmes sont ceux de l'œuvre à venir. Certains sont aussi anciens que la poésie elle-même – les saisons, la nuit, le soleil, la tempête – , mais ces phrases résonnent pour la première fois aux oreilles du futur poète, peintre et musicien. On devine qu'il s'émerveille de découvrir dans les mots l'écho et le prolongement de son expérience sensible, laquelle se situe à des années- lumière de celle d'un adolescent d'aujourd'hui. En 1947, une jeune rural n'avait ni ordinateur ni iPad, même pas la télévision ; les automobiles étaient rares, les autoroutes n'existaient pas, les villages chablaisiens n'étaient pas les dortoirs des salariés frontaliers... En d'autre termes, le mode de vie de ce jeune rural, dans sa proximité avec la nature, laissait davantage de place à la contemplation.

Il se peut que Bernard Lacroix ait cueilli certaines phrases et expressions dans la poésie romantique ou symboliste qu'on transmettait à l'école jadis : Hugo, Musset, Vigny, Heredia, Leconte de Lisle etc... Je dois avouer que je n'ai reconnu aucune citation à part une expression d'Alfred de Musset et un proverbe portugais : " Dieu écrit droit avec des lignes courbes". Le recueil n'en est que plus émouvant. Après tout, qu'importe qui a écrit telle ou telle phrase? Bernard s'appropriait sans doute les phrases ou expressions lues comme s'il les avait écrites lui-même : c'est là l'opération alchimique propre à la poésie puisque chaque œuvre bruisse des voix qui l'ont précédée. Sensible à leur beauté, il a noté ces phrases ou ces expressions pour qu'elles restent en lui. En voici quelques-unes. Certaines sont vraisemblablement de son invention, même s'il n'en signe que très peu.

 

Le printemps :

 " Il neige des fleurs... jonquilles, pensées, renoncules..."

"Des milliers de corolles neigeuses floconnaient..."

" Les premiers papillons se posent sur les premières roses..."

"Les chatons de soie jaune..."

 

L'été :

 "La brise s'endort..."

" La terre est assoupie dans sa robe de feu "

 

L'automne:

 "Le houx met sa parure de corail rutilant..."

"L'azur cendré du ciel"

 Les phrases suivantes sont signées BLa+ :

" Ses joies, ses peines, ses beautés et ses disgrâces".

" Le squelette osseux des branches dénudées".

" Les enfants revenant de l'école, désireux de faire à leur maman une surprise agréable, remplissent vivement le cartable de châtaignes et de noix, et les bergers rêveurs, les pieds sous la cendre chaude de leur modeste feu de bois, gardent vigilants leurs gras troupeaux disséminés dans la plaine".

 

L'hiver :

 "Le givre, tel un orfèvre habile, glisse dans tout ses larmes d'argent"

"Les fougères poudrées de neige comme des gâteaux de sucre fin".

"Les vitres rondes couvertes de fleurs d'argent..."

" Les fées semblent avoir jeté sur les arbres une pluie de diamants..."

 

La Nuit :

 "La lune se lève pour baigner les pics et les vallées de splendeur argentée..."

" La nuit profonde, avec un peu de jour resté sur l'eau..."

"Sillage scintillant des tremblantes étoiles..."

L'expression suivante est signée B.L 48 :

" Le ciel d'un bleu profond, étoilé et magique"

 

Le Soleil:

 Phrase signée B.La+, 1948 :

" Le disque pâle d'un soleil couchant. (Brusque changement de la nature)"

 

 

Élisabeth Bart-Mermin

 

 

Notes :

(1) La date 1947 est écrite en rouge et noir à l'intérieur d'un losange, sur la première page, et sur la 4e de couverture.

(2) Nous publierons dans une prochaine note, le 6 août,  un poème que Bernard Lacroix a retrouvé dans ses cahiers d'écolier, comme il le précise lui-même, ce qui prouve que sa vocation poétique s'est manifestée dès l'enfance, avant  la rédaction de ces carnets.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi, 29 juillet 2015

Hommage du "Bulletin de Cervens" à Bernard Lacroix

 

 

 

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samedi, 25 juillet 2015

Tu m'aimes...

l'amour dans la poésie de bernard lacroix, simone weil, la pesanteur et la grâce, juan asensio

Photographie de Juan Asensio

 

 

 

Tu m'aimes!

Tu m'aimes!

Tu m'aimes!

Qu'en sais-tu?

Dix,

Quinze

Ou vingt ans après ma mort,

Si tu viens encore pleurer sur ma tombe :

Là,

Là seulement,

Tu me diras "Je t'aime"

Et je te croirai...

 

 

Bernard Lacroix, Petites choses d'hiver

 

 

*

 

 

En écho à ce poème de Bernard d'une incommensurable profondeur sous son apparente simplicité, cette pensée de Simone Weil :

 

" [...] L'amour qu'on voue aux morts est parfaitement pur. Car c'est le désir d'une vie finie qui ne peut plus rien donner de nouveau. On désire que le mort ait existé et il a existé."

Simone Weil, La pesanteur et la grâce 

 

lundi, 20 juillet 2015

La moisson

 

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Photographies de Robert Taurines

 

 

 

 

Rappel : Pour la moisson

 

 

La batteuse.

Que de bruit, de sueur, de poussière... pour en arriver à la blanche farine! Instants chaleureux où l'on s'aide sans manières, où l'on n'a pas besoin de dire aux voisins : "Demain, j'ai la batteuse!". On allait chez Pierre, chez Paul jusqu'à en oublier son propre travail. Le blé n'attend pas ; après, "on se voit venir!"

 

*

 

Quand la gerbe sera couchée sur le chaume, la terre pourra enfin voir ce qu'elle a conçu. Moissonneur, laisse lui encore un moment son enfant blond dans les bras. Il en est des blés comme des hommes : le temps leur courbe l'échine. Déjà le moissonneur affûte sa faux, la mort aiguise la sienne. Puis d'autres blés, d'autres hommes viendront, issus du même chaume. De remous en remous, de peines en peines, de périls en périls... le vent "mûrieux" de la vie souffle sur nous inexorablement.

 

 

 

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Bernard Lacroix, Mémoires des jours ( Éditions Bias, 1990) pp. 35-37