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jeudi, 17 janvier 2013

Un vieux cheval...

 



Un vieux cheval et son vieux maître

S'en vont si bien, cahin-caha,

S'en vont si bien qu'on ne sait pas

Si le cheval mène le maître

Ou le maître mène le pas.

 

Combien de temps, jusqu'à quel âge

S'en iront-ils, ces frêres-là,

Prêter aux gens du voisinage

L'un ses jambes, l'autre ses bras ?

Combien d'étés, de labourages ?

 

Un vieux cheval et son vieux maître

S'en vont si vieux, cahin-caha,

S'en vont si vieux qu'on ne sait pas

Si le cheval suivra le maître

Ou le maître suivra le pas.

 

Seigneur, écoutez ma prière:

Il y a bien au paradis

Des blés mûris, des foins à faire ?

J'en connais deux dans le pays

Qui feraient juste votre affaire !

 

Bernard Lacroix, Vents de terre

mercredi, 16 janvier 2013

La Barque

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La Barque, gouache de Bernard Lacroix




Sans la barque

Au petit matin,

On ne saurait pas

La limite entre le ciel et l'eau :

Le même gris bleuté

La même lumière verticale

Le même silence translucide,

Qui ne tolère qu'un cri d'oiseau,

Maître chez lui,

Ou la plainte menue

D'une vague solitaire.


Bernard Lacroix, Ciels, arbres et labours

mardi, 08 janvier 2013

Crépuscule

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Crépucule, gouache de Bernard Lacroix.




Le soleil abdique

Laissant la nuit répandre sa noire uniformité.

Bientôt, qui se souviendra du jour?


Ainsi deviennent les amours :

Quelques souvenirs désséchés

Entre deux pages de vie,

Anonymes et reclus

Dans le grand herbier du temps.


Bernard Lacroix, Ciels, arbres et labours

samedi, 05 janvier 2013

L'Hiver

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L'Hiver, gouache de Bernard Lacroix

 




Sur l'ardoise du temps

L'hiver qui doit être gaucher

Efface de son gros coude

Les maisons et les arbres.


Une brume douteuse racole

L'âme imberbe des labours.


Bernard Lacroix, Ciels, arbres et labours.

vendredi, 14 décembre 2012

Grisaille

 

Il n'y a pas de maison qui vaille

Ni arbre non plus.

 

Le ciel et l'eau se confondent

Se fondent

Se morfondent :

Mornes épousailles

 

Que de choses diffuses

Confuses

Recluses...

 

Que de bruits cachés

Hachés

Mâchés

Gâchés...

 

Il n'y a pas âme qui vaille

Si :

Semblant tomber soudain des cintres du temps

Un héron efféminé

Réussi un triple axel

 

Pour rien !

 

Bernard Lacroix

jeudi, 13 décembre 2012

Les peupliers

 

 

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Les Peupliers, gouache de Bernard Lacroix




Un paysage sans peupliers

Est un paysage en sursis.


L'or futile du soir

Ignore tout des dangers qu'il engendre.


Étroitement unis et solidaires,

Les peupliers repoussent

Les douleurs du jour.


Bernard Lacroix, Ciels, arbres et labours.

lundi, 03 décembre 2012

La pauvre Génie (Eugénie)


La pauvre Génie était sourde

Comme un pot

 

Et encore

Et tant

Qu'elle n'entendit pas la mort venir.

 

Ni aussi le médecin

Appelé à la hâte

Ni les amis en visite

Ni les proches rassemblés

Pour une ultime prière...

 

Elle partit pour toujours

Les yeux grands ouverts

 

Passant sans s'en rendre compte

D'un silence à l'autre.

 

Bernard Lacroix

lundi, 19 novembre 2012

La vieille maison

 

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 La vieille maison, gouache de Bernard Lacroix..



Depuis vingt ans au moins

Je la voyais sur ma route.

 

J'ai laissé ma voiture

Et m'en suis approché.

 

Comment a-t-elle compris que je l'aimais ?

Une porte s'est ouverte :

 

Elle m'a souri !


 

Bernard Lacroix, Ciels, arbres et labours.

mercredi, 14 novembre 2012

Ciels, arbres et labours

 

 

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Gouache de Bernard Lacroix, couverture de Ciels, arbres et labours.

 

 

Á Bernard Lacroix

 

Le vent immobile a soufflé les peupliers

Se sont courbés les peuples liés

Enchaînés à leur vie d'estropiés

Dans leur conscience atrophiée.

 

Ils ont accompli une génuflexion

Pour une prière de grâce en action,

L'orgueil abaissé, l'humilité élevée

Sur leurs racines enfin respectées.

 

En point lumineux, la clarté s'est levée,

En bénédiction, les larmes sont tombées

Sur la croix à porter sans y être cloué,

Haletant son parcours à dessein dessiné.

 

Le poète a écrit, le peintre a saisi

L'insaisissable subtilité des cris

De nos errances lourdes, amorties

Par le doigt divin offert à l'artiste.

 

Annie Marriaux *, Préface à Ciels, arbres et labours de Bernard Lacroix.

*Directeur des Services Culturels du Conseil Général de la Haute-Savoie.

 

*

 

Je reviendrai sur ce très beau recueil, Ciels, arbres et labours, 24 gouaches et poèmes de Bernard Lacroix, dans des notes ultérieures.

EBM

 

 

 

 

jeudi, 25 octobre 2012

Automne

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Photographie  de Jean-Michel Lacroix

 

 

 

 

 

La brume se repaît des labours neufs.

 

     On ne sait plus rien ni du ciel, ni du lac.

     Un vol d'oiseaux attise les fumées basses:

     Leur instinct secret les attire d'un été à l'autre.

 

     Moi je reste

     Dans un monde de volets clos,

     De courants d'air

     Et d'arbres figés comme des tombes.

 

     Compagnons passants de la belle saison

     Je ne vous oublie pas.

     Vos profils

     Illuminent la majuscule de mes stances hivernales.

     Les feuilles tombent,

     Mais l'arbre de ma mémoire est en fleurs.

 

 

Bernard Lacroix, Reflets oubliés